Pendant quelques années, on a cru que quelque chose avait réellement changé. Ashley Graham s’affichait en couverture des magazines, Lizzo revendiquait son corps sans chercher à le faire disparaître, Paloma Elsesser défilait pour les plus grandes maisons et les marques multipliaient les discours sur la diversité. Le body positive semblait avoir réussi l’impossible : faire comprendre à l’industrie de la mode et du divertissement qu’il n’existait pas qu’une seule manière d’avoir un corps désirable.
Et puis, progressivement, les silhouettes ont recommencé à s’affiner.
En 2025 et surtout en 2026, le constat devient difficile à ignorer. Sur les podiums, les tapis rouges et les réseaux sociaux, l’extrême minceur fait son retour. À Hollywood, plusieurs célébrités apparaissent avec des silhouettes très fines et les médicaments GLP-1 comme Ozempic, Wegovy ou Mounjaro font désormais partie des conversations sur le poids.
Alors, après avoir célébré toutes les morphologies, sommes-nous en train de revenir vingt ou trente ans en arrière ?
Le retour de l’extrême minceur à Hollywood
Les tendances corporelles fonctionnent malheureusement presque comme les tendances vestimentaires.
Dans les années 1990, l’esthétique dite heroin chic valorisait des silhouettes extrêmement minces. Dans les années 2000, les magazines people traquaient le moindre kilo pris ou perdu par les célébrités.
Puis les années 2010 ont marqué un changement.
Les silhouettes plus voluptueuses sont revenues sur le devant de la scène, notamment avec la famille Kardashian. Parallèlement, le mouvement body positive a permis à des femmes grosses ou simplement éloignées des standards traditionnels d’accéder à une visibilité auparavant inimaginable.
Mais cette parenthèse semble aujourd’hui sérieusement fragilisée.
Lors de la saison automne-hiver 2026, 97,6 % des looks analysés par Vogue Business étaient portés par des mannequins considérés comme « straight-size ». Les mannequins plus-size ne représentaient que 0,3 % des looks, contre 0,9 % la saison précédente.
Autrement dit, la diversité corporelle n’a pas simplement cessé de progresser : elle recule.
@axel_en_vrai Tout le monde parle de l’apparence d’Ariana Grande dans la pop culture et sur les réseaux. Je voulais analyser les attentes que la société a envers le corps des femmes et la minceur depuis le mouvement body positive. Sujet compliqué à aborder mais important. #popculture #analyse #arianagrande #sport #femme ♬ son original – Axel en vrai
Ariana Grande, Selena Gomez, Jenna Ortega… pourquoi parle-t-on autant du corps des stars ?
Impossible de parler de cette tendance sans évoquer les célébrités dont les transformations physiques alimentent actuellement les conversations.
Ariana Grande fait régulièrement l’objet de commentaires sur sa minceur. Jenna Ortega a récemment subi le même phénomène. Les silhouettes de célébrités comme Selena Gomez, Demi Moore ou encore Kate Hudson ont également été scrutées et commentées.
Mais une distinction est indispensable.
Observer qu’Hollywood remet en avant des silhouettes très minces ne signifie pas que nous pouvons expliquer individuellement pourquoi une femme a maigri.
Une perte de poids peut avoir énormément de causes et il serait particulièrement dangereux d’affirmer qu’une célébrité utilise Ozempic simplement parce que son corps a changé.
Ariana Grande elle-même a déjà rappelé combien il pouvait être nocif de commenter le corps d’une personne, notamment parce que le public ignore ce qu’elle traverse réellement.
Le véritable sujet n’est donc pas : « Pourquoi telle actrice est-elle devenue si mince ? »
La bonne question serait plutôt :
Pourquoi l’ensemble de l’industrie semble-t-il recommencer à valoriser une morphologie extrêmement mince ?
Et cette nuance change tout.
Ozempic et les GLP-1 ont-ils changé les standards de beauté ?
Difficile d’évoquer cette nouvelle époque sans parler des médicaments GLP-1.
Ozempic est probablement devenu le nom le plus connu, au point d’être parfois utilisé abusivement pour désigner toute une catégorie de traitements. Wegovy, Mounjaro ou Zepbound font également partie de cette nouvelle réalité.
Certaines célébrités ont publiquement reconnu avoir utilisé ce type de médicament.
C’est notamment le cas d’Oprah Winfrey, Whoopi Goldberg, Rebel Wilson, Amy Schumer, Rosie O’Donnell, Serena Williams ou encore Tracy Morgan, avec des expériences, des motivations et des résultats très différents.
Et c’est précisément pour cela qu’il serait injuste de réduire le sujet à une simple accusation contre ces traitements.
Ces médicaments répondent à de véritables indications médicales et peuvent représenter une aide importante pour certains patients.
Le problème culturel commence ailleurs : lorsque la possibilité de perdre beaucoup de poids transforme à nouveau la minceur en obligation sociale.
La question n’est alors plus seulement de savoir si l’on peut maigrir.
Elle devient : si une solution existe, pourquoi ne maigrissez-vous pas ?
Et pour les personnes grosses, cette nuance est considérable.
« Tout le monde est mince maintenant »
Certaines personnalités commencent justement à s’inquiéter de cette évolution.
Jordyn Woods, longtemps associée à la défense de la diversité corporelle, a récemment exprimé ses inquiétudes concernant les conséquences de « l’ère Ozempic » sur l’inclusivité.
Jamie-Lynn Sigler a également expliqué avoir le sentiment que la société était en train de progresser vers une véritable acceptation des différentes morphologies avant que quelque chose ne change.
Même Tess Holliday continue aujourd’hui à recevoir des commentaires lui demandant pourquoi elle n’utilise pas des médicaments destinés à perdre du poids.
Et voilà peut-être l’un des aspects les plus inquiétants de cette nouvelle époque.
Hier, une femme grosse devait expliquer pourquoi elle était grosse.
Aujourd’hui, elle pourrait également devoir expliquer pourquoi elle le reste.
@popcultureshadow just a small way to take it as humour instead dont get offended pls they still are beautiful #humour #hollywood #beauty #arianagrande #jennaortega ♬ Sybau – KCK Mixes
Où sont passées les mannequins grande taille ?
C’est probablement dans la mode que le recul est le plus facilement mesurable.
En 2025, plusieurs mannequins plus-size interrogées par The Guardian expliquaient déjà constater une diminution spectaculaire des opportunités professionnelles.
La mannequin Skye Standley racontait ainsi avoir beaucoup moins travaillé après plusieurs années particulièrement actives.
Felicity Hayward, mannequin et militante, avait également observé une chute impressionnante du nombre de mannequins grande taille pendant les Fashion Weeks.
À New York, elle comptabilisait 70 mannequins plus-size en 2023 contre seulement 23 début 2025.
Même constat à Londres : 80 apparitions de mannequins plus-size lors de la Fashion Week de septembre 2024, contre seulement 26 lors de la saison suivante.
En 2026, Vogue Business confirme cette tendance.
Sur 7 817 looks répartis entre 182 défilés automne-hiver 2026, seulement 0,3 % étaient portés par des mannequins plus-size.
Ces chiffres racontent quelque chose que les campagnes publicitaires ne peuvent plus vraiment cacher.
Le body positive était-il simplement une tendance marketing ?
C’est probablement la question qui dérange le plus.
Et si une partie de l’industrie n’avait jamais réellement changé ?
Lorsque le body positive est devenu populaire, les marques ont compris qu’il existait un intérêt commercial à montrer davantage de morphologies.
Les campagnes sont devenues inclusives.
Les mannequins grande taille ont été davantage photographiées.
Des collections étendues ont été lancées.
Les entreprises ont appris des mots comme « diversité », « représentation » et « inclusivité ».
Mais combien avaient réellement modifié leur fonctionnement ?
Skye Standley estime justement qu’une partie de cette inclusivité était performative.
Et c’est peut-être là que se trouve le cœur du problème.
Lorsqu’une conviction est profonde, elle résiste aux changements de tendance.
Lorsqu’il s’agit de marketing, il suffit qu’une nouvelle tendance arrive pour que la précédente disparaisse.
De l’acceptation du corps à sa transformation permanente
Il existe également une contradiction fascinante dans notre époque.
Nous n’avons probablement jamais autant parlé d’acceptation de soi.
Mais nous n’avons jamais disposé d’autant d’outils permettant de modifier notre apparence.
Filtres, injections, chirurgie esthétique, traitements amaigrissants, retouches numériques et intelligence artificielle participent désormais au même environnement visuel.
Nous sommes encouragées à nous aimer telles que nous sommes tout en étant continuellement exposées à des moyens de devenir quelqu’un d’autre.
Et lorsque ces transformations deviennent accessibles, le corps naturel risque progressivement d’être considéré comme un corps que l’on a simplement refusé d’optimiser.
Pour les femmes grosses, cette évolution peut être particulièrement violente.
@popzone.brr A recente onda de extrema magreza entre celebridades voltou a levantar discussões sobre os padrões estéticos de Hollywood. Nas redes sociais, fãs têm demonstrado preocupação ao perceber mudanças na aparência de algumas estrelas, reacendendo um debate antigo sobre a pressão estética enfrentada principalmente pelas mulheres na indústria. Ao longo das décadas, o padrão de beleza imposto às celebridades femininas passou por diferentes extremos, cobrando corpos cada vez mais próximos de ideais considerados inalcançáveis. #hollywood #celebrity #famous #fyp ♬ son original – ops
Refuser aussi le « body shaming inversé »
Pour autant, défendre les femmes rondes ne signifie pas attaquer les femmes minces.
Une femme extrêmement mince mérite exactement le même respect qu’une femme grosse.
Nous ne savons pas pourquoi Ariana Grande, Jenna Ortega ou n’importe quelle autre célébrité possède telle ou telle silhouette. Et finalement, nous n’avons pas besoin de le savoir.
Le problème n’est jamais le corps individuel d’une femme.
Le problème apparaît lorsque l’industrie décide qu’un seul type de corps mérite d’être montré, habillé, photographié et désiré.
Pendant longtemps, ce corps devait être mince.
Pendant quelques années, nous avons commencé à entrevoir autre chose.
Ce serait dommage de revenir au point de départ.
Et si le body positive n’était pas mort ?
Heureusement, tout n’a pas disparu.
En juillet 2026, la créatrice Sinéad O’Dwyer organisait encore au Victoria & Albert Museum de Londres un défilé mettant volontairement en avant différentes morphologies. La créatrice travaille notamment avec des tailles d’échantillons bien supérieures aux standards traditionnels de la haute couture.
Tess Holliday continue également à défendre son corps face aux commentaires grossophobes.
Des créateurs, mannequins, consommateurs et militants refusent donc cette marche arrière.
Et peut-être que la différence avec les années 1990 se trouve précisément ici.
À cette époque, nous disposions de très peu d’espaces permettant de contester les images proposées par les magazines.
Aujourd’hui, les femmes peuvent répondre.
Elles peuvent créer leurs propres médias, suivre des créatrices qui leur ressemblent, soutenir les marques réellement inclusives et arrêter d’acheter auprès de celles qui les rendent invisibles.
Nos corps ne sont pas des tendances
C’est finalement ce que j’aimerais retenir.
Une silhouette ne devrait jamais devenir tendance.
Les femmes grosses n’étaient pas une mode des années 2010. Les femmes minces ne sont pas une mode de 2026.
Nous existons toutes simultanément.
Nos corps vieillissent, changent, grossissent, maigrissent, portent parfois des enfants, traversent des maladies, des périodes heureuses et des moments difficiles.
Le véritable progrès ne sera pas atteint lorsque la mode décidera que les rondeurs sont belles.
Il sera atteint lorsqu’elle cessera enfin de décider quel corps doit être beau cette année.
Le body positive a peut-être perdu une partie de sa visibilité médiatique. Mais les femmes qui ont appris grâce à lui à regarder leur corps autrement n’ont pas disparu.
Et nous n’avons certainement pas besoin de demander à Hollywood la permission de continuer à nous aimer.
Image de couverture par IA

