Être une femme grosse dans le milieu de la mode, apprendre à s’accepter après des années de remarques sur son poids, affronter la grossophobie ou encore réussir à ne plus vivre à travers le regard des autres : ce sont quelques-uns des sujets abordés dans cet épisode du podcast C’est comment ?.
Pour cette nouvelle interview, le frère et la sœur à l’origine du podcast donnent la parole à Whitney, alias Coco ou Madame Zèbre, une femme aux multiples casquettes qui évolue notamment dans l’univers de la mode grande taille.
C’est comment ? Un podcast qui donne la parole sans filtre
C’est comment ? est un podcast imaginé par un frère et une sœur inséparables avec une idée simple : donner la parole à celles et ceux que l’on n’entend pas toujours.
À chaque épisode, ils reçoivent un nouvel invité autour d’un sujet différent, avec une volonté affichée de proposer des interviews authentiques, accessibles et bienveillantes.
Le podcast s’intéresse notamment à des parcours personnels, à des expériences parfois difficiles à raconter ou à des sujets encore entourés de nombreux préjugés. L’objectif n’est pas simplement de poser des questions, mais de créer un espace dans lequel les invités peuvent raconter leur histoire avec leurs propres mots.
Dans cet épisode, le sujet est particulièrement proche de l’univers de Beauteronde puisqu’il est question de grossophobie, d’obésité, de rapport au corps, de mode grande taille, de féminité et de représentation.
Les animateurs rappellent d’ailleurs dès le début que les personnes grosses sont encore très souvent enfermées dans les mêmes clichés : manque de sport, mauvaise alimentation ou manque de volonté. Whitney vient justement déconstruire une partie de ces idées reçues à travers son propre parcours.
Qui est Whitney, alias Coco ou Madame Zèbre ?
Whitney se présente sous plusieurs noms : Whitney, Coco ou Madame Zèbre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son parcours ne se résume pas à une seule activité.
Elle est directrice artistique, modèle curve et fondatrice de l’association Banlieue Femme 92. Le podcast la présente également comme une femme aux multiples casquettes, avec un parcours qui a commencé dans le milieu de la restauration avant de l’amener progressivement vers celui de la mode.
Son histoire avec la photographie commence pourtant loin des podiums et des défilés.
Ses premiers shootings sont avant tout thérapeutiques. Après avoir subi du harcèlement scolaire lié notamment à son poids, elle utilise la photographie comme un moyen de travailler sur son rapport au corps.
Ce qui était au départ une démarche personnelle va progressivement prendre une autre dimension.
Whitney est repérée par des créatrices, commence à multiplier les shootings puis découvre les défilés et l’univers du mannequinat grande taille. Plusieurs années plus tard, elle travaille encore avec certains créateurs rencontrés au début de son parcours.
Cette expérience lui permet aujourd’hui de parler de la mode avec un double regard : celui d’une femme grosse qui a longtemps souffert du regard porté sur son corps, mais aussi celui d’une professionnelle qui connaît les coulisses d’un milieu dans lequel l’apparence occupe évidemment une place centrale.
Et c’est précisément ce qui rend son témoignage particulièrement intéressant.
De la grossophobie à la mode grande taille
Whitney explique avoir compris très jeune que son corps était considéré comme différent.
Dès l’enfance, son poids devient une source de remarques puis de harcèlement scolaire. Elle raconte notamment avoir été confrontée aux moqueries de ses camarades et à l’idée très tôt installée qu’un corps gros serait nécessairement un corps « anormal ».
Le regard des adultes n’a d’ailleurs pas toujours aidé à déconstruire cette perception.
En grandissant, Whitney commence pourtant à reprendre progressivement le contrôle de son image.
La photographie, puis la mode, deviennent alors des outils permettant de se réapproprier ce corps qui avait si longtemps été commenté par les autres.
Son expérience ne transforme pas pour autant le monde de la mode en univers idéal. Elle raconte également les castings, le regard extrêmement précis porté sur le physique et la difficulté que cela peut représenter lorsque l’on est encore en pleine reconstruction personnelle.
Mais avec le temps, son rapport aux refus change.
Elle ne considère plus forcément qu’un casting raté signifie qu’elle n’est « pas assez bien ». Parfois, cela signifie simplement qu’un autre profil correspond davantage au projet recherché.
« Grosse » n’est pas un gros mot
L’un des passages les plus intéressants du podcast concerne directement le vocabulaire.
Whitney revendique le mot « grosse ».
Non pas comme une insulte, mais comme un terme descriptif qui ne devrait pas déterminer la valeur d’une personne. Être grosse ne signifie pas être incapable de travailler, de courir, de bien manger, d’avoir des projets ou simplement de vivre.
Et c’est probablement là que se trouve l’un des messages les plus importants de cet épisode.
Pendant longtemps, notre société a tellement utilisé le mot « grosse » comme une attaque que certaines femmes n’osent même plus le prononcer.
Pourtant, le véritable problème n’est peut-être pas le mot.
C’est tout ce que la société a décidé d’y associer.
Paresse, manque de volonté, mauvaise alimentation, laisser-aller… Les clichés autour de l’obésité et des personnes grosses restent nombreux.
Whitney rappelle une évidence : nous ne connaissons jamais toute l’histoire d’une personne simplement en regardant son corps.
Apprendre à s’accepter au-delà de son poids
Comment réussir à s’accepter lorsqu’on est une femme grosse ?
La réponse de Whitney est intéressante parce qu’elle dépasse largement le discours habituel sur l’acceptation physique.
Pour elle, le véritable changement est arrivé lorsqu’elle a commencé à se demander qui elle était et surtout ce qu’elle voulait faire de sa vie.
Son poids n’était finalement qu’une partie d’elle-même.
Ses projets, ses valeurs, ses passions, sa personnalité et ses ambitions étaient tout aussi importants.
Pendant des années, elle explique avoir vécu en fonction du regard des autres. Puis est venu le moment de retourner la question : non plus « Que pensent-ils de moi ? », mais « Qui ai-je envie d’être ? ».
Une nuance essentielle.
S’accepter ne signifie donc pas nécessairement se regarder chaque matin dans un miroir en adorant chaque centimètre de son corps.
Cela peut aussi commencer par arrêter de laisser son apparence décider de la vie que l’on s’autorise à mener.
Être mannequin grande taille dans un milieu obsédé par l’apparence
Le podcast s’intéresse également à une contradiction particulièrement intéressante : comment évoluer en tant que mannequin grande taille dans un univers où le physique est constamment observé ?
Whitney ne cherche pas à idéaliser le milieu.
Ses premières expériences auprès de créatrices grande taille ont été très positives. Mais lorsqu’elle commence à participer à des castings plus traditionnels, elle découvre une réalité différente.
Dans un casting, tout peut être observé.
Le corps, évidemment, mais également les cheveux, le visage, les mains ou encore les moindres détails de l’apparence.
Avec le temps, son regard sur les refus a néanmoins changé.
Ne pas être sélectionnée ne signifie plus automatiquement qu’elle n’est « pas assez bien ». Cela signifie simplement qu’un autre profil correspondait davantage au projet.
Elle explique également choisir les castings et les collaborations auxquels elle participe, notamment en fonction des valeurs défendues.
Une manière de reprendre le contrôle dans un milieu où l’on peut rapidement avoir l’impression d’être constamment soumis au jugement.
Pourquoi la représentation des femmes grosses reste essentielle ?
Whitney parle également de Théodora, mais aussi de femmes comme Patty Luciose, Gaëlle Prudencio ou Lala Misaki.
Pourquoi ces personnalités comptent-elles ?
Parce qu’il est difficile de s’imaginer quelque part lorsque personne qui nous ressemble n’y est visible.
Pendant longtemps, les femmes grosses ont entendu de beaux discours sur la confiance en soi sans nécessairement voir beaucoup de femmes leur ressemblant dans la mode, les médias ou la culture populaire.
La représentation permet justement de transformer les mots en images.
Voir une femme grosse porter une tenue spectaculaire, monter sur scène, devenir mannequin, entreprendre ou simplement vivre sans chercher constamment à se cacher peut sembler anodin.
Ça ne l’est pas.
Cela montre aux générations suivantes que leur corps ne constitue pas une frontière définissant ce qu’elles ont le droit de devenir.
Tu es grosse ? Cela ne t’interdit pas de briller
C’est finalement le message que je retiens le plus de cette interview.
Whitney ne prétend pas que tout est facile. Elle raconte le harcèlement, les discriminations, les remarques et les années nécessaires pour reconstruire son rapport à elle-même.
Mais elle refuse que ces expériences deviennent une condamnation.
Son message pourrait presque se résumer ainsi : ton corps ne doit pas devenir la raison pour laquelle tu renonces à ta propre vie.
Tu veux travailler dans la mode ? Fais-le.
Tu veux porter cette robe ? Porte-la.
Tu veux entreprendre ? Lance-toi.
Tu veux prendre des photos, voyager, aimer, créer, sortir, danser ou simplement prendre ta place ?
Fais-le.
Parce qu’attendre d’avoir le « bon corps » pour commencer à vivre est probablement l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse faire à la grossophobie.
Et comme le résume si bien Whitney dans le podcast : il faut apprendre à se connaître, savoir où l’on souhaite aller… puis briller.



