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La diversité dans la mode et l’influence est-elle réellement devenue une priorité pour les marques ? Dans une vidéo publiée sur TikTok, l’influenceuse Lalaamisaki a décidé de prendre la parole pour dénoncer ce qu’elle considère comme un manque persistant de diversité lors des événements, voyages de presse et opérations organisés par certaines marques.

Une prise de position forte après dix années passées dans le milieu de la création de contenu.

Lalaamisaki dénonce le manque de diversité dans les événements de marques

Dans sa vidéo TikTok, Lalaamisaki commence par rappeler qu’elle exerce le métier de créatrice de contenu depuis une dizaine d’années.

Elle évoque notamment les débuts de l’influence, à une époque où les créateurs et créatrices partageaient principalement leurs conseils et leurs découvertes par passion, avant que le secteur ne se professionnalise.

Aujourd’hui, les collaborations rémunérées, événements de marques et voyages de presse font pleinement partie de l’industrie de l’influence.

Mais pour Lalaamisaki, cette professionnalisation aurait dû s’accompagner d’une meilleure représentation de la société.

C’est justement ce qu’elle remet en question.

« Elle est où la diversité ? », demande-t-elle dans sa vidéo, avant de dénoncer des événements qu’elle juge trop souvent composés de profils similaires.

Son constat concerne notamment la représentation des femmes noires, maghrébines, asiatiques ou indiennes, mais plus largement celle de créatrices aux profils et aux parcours différents.

@lalaamisaki

On ne va pas rester là, sans rien dire, à attendre qu’une lumière venue du ciel fasse miraculeusement changer les choses. Pas de diversité = pas d’oseille. (En tout cas, pas la mienne). Parce qu’on oublie trop souvent une chose : nous sommes des consommateurs. Et qu’on le veuille ou non, nous avons un pouvoir !!! Une marque vit aussi parce qu’on l’achète, qu’on la porte, qu’on la recommande, qu’on la partage, qu’on la rend désirable. Alors pourquoi continuer à donner notre argent à des marques qui ne pensent même pas à nous représenter ? On s’est tellement habitués à voir des campagnes, des événements, des voyages de presse ou des tables entières sans la moindre diversité qu’on finit parfois par ne même plus le remarquer. Mais non. Ce n’est pas normal !!!!!!! Des créatrices et créateurs de contenu talentueux, légitimes, avec de vraies communautés, il y en a. Et pourtant, trop souvent, ils ne sont tout simplement pas autour de la table. Et comme je l’explique dans cette vidéo, ce genre d’événement ne se construit pas par magie. Il y a des listings. Des mails. Des réunions. Des validations. Des directives parfois. Donc quand, à la fin de toute cette chaîne, personne ne s’est demandé : « Tiens… il ne manquerait pas un peu de diversité ici ? », il y a un problème. Moi, j’ai pris ma décision : je ne donnerai plus mon argent aux marques qui ne me respectent pas, ne me considèrent pas et ne représentent pas la société dans laquelle je vis. Et j’espère surtout qu’on sera de plus en plus nombreux à comprendre que notre pouvoir ne se limite pas à commenter sous une publication. Notre argent aussi peut parler. Pas de diversité ? Pas mon oseille.

son original – LALAAMISAKI

Une sélection des influenceuses jugée trop uniforme

La critique de Lalaamisaki ne vise pas les influenceuses invitées aux événements.

Elle prend d’ailleurs soin de le préciser dans sa vidéo : selon elle, les créatrices sélectionnées ne sont pas responsables des choix effectués par les marques et ont parfaitement raison de saisir les opportunités professionnelles qui leur sont proposées.

Sa critique s’adresse directement aux personnes qui organisent les campagnes et choisissent les profils.

Derrière un événement réunissant plusieurs influenceuses se trouvent généralement une stratégie, une sélection et des objectifs de communication précis.

Lalaamisaki s’interroge donc sur la manière dont ces sélections peuvent encore aboutir à des groupes qu’elle considère comme insuffisamment représentatifs de la diversité existant parmi les créatrices de contenu.

Car les profils ne manquent pas.

De nombreuses influenceuses issues d’horizons différents disposent aujourd’hui de communautés importantes, produisent du contenu professionnel et travaillent depuis plusieurs années avec des marques.

Pour Lalaamisaki, leur absence répétée ne peut donc plus simplement être ignorée.

La diversité dans la mode ne devrait pas s’arrêter aux campagnes publicitaires

La question soulevée dépasse finalement le simple cadre des événements d’influenceurs.

Depuis plusieurs années, l’industrie de la mode communique davantage autour de la diversité et de l’inclusivité. Les campagnes publicitaires présentent progressivement davantage de morphologies, de couleurs de peau, d’âges et de profils.

Mais cette diversité affichée dans les campagnes doit également se retrouver dans les coulisses.

Invitations à des lancements, voyages de presse, collaborations rémunérées, événements privés ou campagnes avec des créatrices de contenu : la représentation devrait exister à tous les niveaux.

C’est là que la prise de parole de Lalaamisaki soulève une question importante : une marque peut-elle réellement revendiquer une communication inclusive si cette diversité disparaît au moment de sélectionner les personnes avec lesquelles elle travaille ?

L’inclusivité ne devrait pas être uniquement une image utilisée pour une campagne. Elle devrait également se traduire dans les choix réalisés au quotidien.

Lalaamisaki appelle au boycott des marques concernées

L’influenceuse va cependant plus loin que le simple constat.

Dans sa vidéo, elle annonce avoir pris une décision personnelle : ne plus acheter auprès des marques dont les événements lui semblent manquer clairement de diversité.

« Je vois un événement, y a pas de diversité, j’achèterai plus jamais rien chez vous », affirme-t-elle.

Elle encourage également sa communauté à réfléchir à la destination de son argent et à ne plus soutenir financièrement des entreprises dont les pratiques semblent en contradiction avec ses valeurs.

Lalaamisaki présente elle-même cette décision comme une véritable prise de position.

Pour elle, choisir les personnes que l’on met en avant n’est pas complètement neutre. De la même manière, décider en tant que consommateur de soutenir ou non une entreprise constitue également une manière d’exprimer ses convictions.

Mon avis : avons-nous fait marche arrière sur la diversité dans la mode ?

Je vais être honnête : je suis d’accord avec Lalaamisaki. Nous sommes en 2026 et la question de la diversité ne devrait même plus avoir à se poser. Pourtant, j’ai aujourd’hui le sentiment que nous sommes revenus plusieurs années en arrière.

J’ai connu et défendu le mouvement body positive à une époque où l’on commençait enfin à voir davantage de corps, de morphologies et de couleurs de peau dans les campagnes. Tout n’était évidemment pas parfait, mais quelque chose semblait bouger. Aujourd’hui que le body positive s’est largement essoufflé – après avoir aussi été énormément récupéré comme argument marketing –, j’ai l’impression que la mode revient progressivement à ses anciens standards.

Et ce n’est malheureusement pas qu’une impression concernant les corps. Les chiffres sont assez violents : selon le rapport Vogue Business consacré aux Fashion Weeks automne-hiver 2026, sur 7 817 looks analysés à New York, Londres, Milan et Paris, 97,6 % étaient présentés sur des mannequins considérés comme « straight-size », contre seulement 2,1 % de mid-size et 0,3 % de plus-size. En trois ans, la représentation plus-size a même été divisée par deux.

minceur défilé de mode

Minceur dans la mode et le cinéma

Dans le même temps, l’extrême minceur est redevenue extrêmement visible chez les célébrités comme dans la mode. Cette évolution intervient dans un contexte marqué par l’essor des traitements GLP-1 comme Ozempic ou Mounjaro. Il serait trop facile d’affirmer que ces médicaments expliquent à eux seuls ce changement culturel, mais le phénomène est suffisamment important pour que Vogue Business évoque lui-même ce contexte lorsqu’il analyse le retour de la « size zero » et la disparition progressive des mannequins aux corps plus divers.

Et j’ai le sentiment que ce recul de la diversité corporelle accompagne un recul plus général de la représentation. Quand je regarde certains défilés ou événements, je retrouve moins cette volonté de montrer une multitude de femmes différentes que pendant les grandes années du body positive. La question de la diversité des origines mérite évidemment ses propres analyses et ses propres chiffres, mais le constat de Lalaamisaki résonne avec ce que j’observe moi-même.

À 34 ans, après des années à écrire sur la mode grande taille et à défendre le body positive, c’est assez déprimant. Et mon expérience professionnelle me confronte directement à cette réalité. Aujourd’hui, parmi les grandes enseignes de mode qui souhaitent encore régulièrement travailler avec moi, il y a notamment SHEIN. On peut évidemment avoir énormément de choses à dire sur cette entreprise et sur la fast fashion. Mais je ne peux pas non plus nier mon expérience : c’est une marque qui continue à me proposer des collaborations alors que je suis une femme ronde, et je vois également travailler avec elle des créateurs aux corps et aux origines très différents. C’est aussi, malheureusement, l’une des rares enseignes où je trouve facilement des vêtements grande taille correspondant réellement à mon univers très coloré. J’aimerais pouvoir raconter la même chose de beaucoup plus de marques.

La fin des influenceurs ?

Mais je pense également que le problème dépasse la diversité. Le marché de l’influence a profondément changé depuis le Covid. Je le constate directement avec Beauteronde.fr : mon audience n’a pas disparu, pourtant les budgets et les propositions que je reçois ne sont plus les mêmes. Les polémiques autour de l’influence, l’affaire opposant notamment Booba à Magali Berdah et l’encadrement législatif du secteur ont également participé à transformer son image. Personnellement, j’étais favorable à un meilleur encadrement : lorsqu’on respecte déjà les règles, professionnaliser le métier est plutôt une bonne nouvelle. Mais parallèlement, j’ai le sentiment que certaines marques ont perdu confiance dans les influenceurs et déplacent une partie de leurs budgets ailleurs.

C’est pourquoi le problème soulevé par Lalaamisaki me paraît à la fois évident et plus complexe qu’il n’y paraît. Oui, nous avons un problème de diversité. Mais nous avons également une industrie de la mode qui semble renouer avec des standards physiques que l’on pensait commencer à dépasser, tandis que le marché de l’influence se transforme profondément.

Je ne crois pas à la fin des influenceurs. Je pense plutôt que l’avenir sera aux créateurs très spécialisés, avec une véritable identité et une communauté de niche. Mais concernant la diversité, j’espère surtout que nous n’attendrons pas dix ans avant de repartir dans l’autre sens. Peut-être faudra-t-il un nouveau mouvement aussi puissant que le body positive, mais cette fois capable de conserver son message sans finir par devenir simplement un argument marketing. Parce qu’en 2026, devoir encore demander aux marques « où est la diversité ? » montre déjà que quelque chose n’a pas fonctionné.

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