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Je pensais naïvement que les bébés étaient encore épargnés. Qu’avant même de savoir marcher, parler ou se construire, ils avaient au moins ce privilège-là, celui d’être simplement aimés pour ce qu’ils sont. Mais la réalité m’a rattrapée. Aujourd’hui, même les nourrissons n’échappent plus au regard critique de notre société. Leur corps est observé, commenté, jugé, parfois moqué, comme s’il était déjà soumis aux mêmes standards que ceux imposés aux adultes. Ce phénomène a un nom, et il est temps de le regarder en face, la grossophobie bébés existe, et elle commence bien plus tôt qu’on ne veut l’admettre.

Une vidéo innocente qui révèle la grossophobie bébés

Je suis tombée récemment sur une vidéo TikTok du compte Ruslanapolli qui montre l’évolution d’un nourrisson mois après mois. Une vidéo douce, simple, pleine d’amour, où l’on voit un bébé grandir entouré de ses parents. Rien de plus banal et pourtant, en lisant les commentaires, j’ai ressenti un profond malaise. Derrière cette séquence attendrissante, certains internautes ont choisi de se focaliser sur le corps du bébé plutôt que sur le lien familial. Des phrases comme « un bébé qui est déjà en surpoids », « il mange bien à la cantine », ou encore « à un mois il ressemble à un bébé de 8 mois » sont apparues. Et le pire reste ce commentaire qui m’a glacée, « Goliath ». Oui, un nourrisson comparé à un géant, comme si son corps était déjà un sujet de moquerie.

@ruslanapolli Відео, довжиною в 1 рік #малюк #momlife #сімейнежиття #дітки #dailyvlog ♬ Photograph – Ed Sheeran

Quand la grossophobie commence dès le berceau

Ce qui m’interpelle le plus, ce n’est pas seulement la violence de certains propos, mais leur banalisation. Ces commentaires ne sont pas isolés, ils sont likés, validés, parfois même défendus. Cela montre que la grossophobie bébés n’est pas un concept exagéré ou militant, mais une réalité sociale bien ancrée. On ne parle pas ici d’un adolescent ni d’un adulte, mais d’un être humain qui ne marche pas encore, qui ne choisit rien et qui dépend entièrement des autres pour vivre. Et pourtant, son apparence devient déjà un objet de jugement.

“C’est pour sa santé” : un discours déjà dangereux

Souvent, les personnes qui tiennent ces propos se cachent derrière un argument qui semble rationnel, celui de la santé. « Ce n’est pas une question de physique mais de santé », peut-on lire. Cette phrase, je la connais par cœur. C’est la même que l’on sert aux adultes en surpoids, aux enfants, aux adolescents. Elle est devenue une justification sociale qui permet de critiquer un corps tout en se donnant bonne conscience. Sauf qu’un nourrisson ne choisit pas ce qu’il mange, il ne fait pas d’excès, il ne compense pas des émotions. Il mange parce qu’il a faim, c’est un besoin vital, immédiat, non négociable.

Laits “pour bébés gourmands” : une normalisation précoce du contrôle

Dans cette logique, je m’interroge aussi sur l’existence de certains laits infantiles présentés comme adaptés aux bébés dits « gourmands ». Derrière ces termes, il y a déjà une idée de régulation, de contrôle, presque de restriction. Cela signifie que dès les premiers mois de vie, on commence à penser le corps de l’enfant comme quelque chose qu’il faudrait surveiller, au niveau regard physique, apparence. Cette approche est profondément inquiétante car elle installe très tôt une peur du corps gros, avant même que l’enfant ait conscience de lui-même.

Mon expérience de mère face à la grossophobie bébés

Je parle aussi en tant que mère. Mon fils a deux mois, il pèse 6 kilos 300 pour 60 centimètres. On appelle ça un gros bébé. Pourtant, il n’est pas obèse, il est simplement grand et en excellente santé selon le médecin. Malgré cela, j’ai déjà eu droit à des remarques comme « il mange trop » ou « un biberon toutes les deux heures et demie c’est trop ». Ces réflexions révèlent une méconnaissance totale de ce qu’est un nourrisson. Un bébé ne peut pas attendre parce qu’on a décidé qu’il avait assez mangé. Un bébé qui a faim pleure, crie, hurle, et c’est normal. Mon rôle est de répondre à ses besoins, pas de les restreindre pour correspondre à une norme extérieure.

“Comme tu es grosse, ton bébé le sera” : un préjugé tenace

Il existe aussi un autre discours que j’ai entendu, celui qui consiste à dire que parce que je suis grosse, mon bébé le sera forcément. Cette idée repose sur deux croyances. La première est que je ne saurais pas nourrir correctement mon enfant, ce qui est faux et profondément discriminatoire. Être grosse ne signifie pas mal manger, et nourrir un bébé repose sur des bases simples et encadrées, que ce soit l’allaitement ou le lait infantile. La seconde idée est celle de la génétique. Oui, il peut y avoir une part héréditaire, mais un enfant est un mélange. On ne transmet pas tout, on ne décide pas à l’avance de son corps. Mon fils est une combinaison de moi et de son père, et il est bien trop tôt pour projeter quoi que ce soit sur son avenir physique.

Et si mon enfant devient gros, est-ce vraiment un problème ?

Et même si un jour mon fils devient gros, cela ne sera pas un problème en soi. Ce qui compte pour moi, c’est qu’il soit en bonne santé et heureux. Mon expérience m’a appris que grandir avec des régimes, avec des injonctions constantes autour du corps, abîme profondément la relation à la nourriture. Ce type de pression ne protège pas, il fragilise.

Existe-t-il des cas réels de surpoids chez les bébés ?

Oui, il existe des situations médicales particulières où un nourrisson peut présenter un poids très élevé. Cela peut être lié à des troubles rares comme le syndrome de Prader-Willi, qui provoque une dérégulation de la satiété, ou à certains déséquilibres hormonaux comme une hypothyroïdie congénitale non traitée. Dans d’autres cas, il peut s’agir de maladies métaboliques ou de traitements médicaux spécifiques qui influencent la prise de poids. Mais ces situations restent exceptionnelles et surtout, elles sont encadrées par des professionnels de santé dès les premiers signes. Ce ne sont pas des réalités que l’on peut identifier à l’œil nu, encore moins dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Dans l’immense majorité des cas, un bébé potelé est simplement un bébé en bonne santé, dont le corps stocke naturellement de l’énergie pour accompagner sa croissance rapide avant de s’affiner avec la mobilité. Utiliser ces cas rares pour justifier des remarques sur des nourrissons en bonne santé est donc non seulement inexact, mais aussi profondément malhonnête.

Laissez les bébés vivre sans jugement

Ce que révèle cette situation, c’est que la grossophobie est tellement ancrée dans notre société qu’elle s’exprime désormais dès les premiers mois de vie. On s’inquiète du poids d’un bébé avant même qu’il puisse marcher ou parler. On projette des peurs, des normes, des jugements sur un corps en pleine construction. C’est une dérive inquiétante qui en dit long sur notre rapport collectif au corps. Un nourrisson n’a pas besoin d’être analysé, comparé ou jugé. Il a besoin d’être nourri, aimé et accompagné dans son développement. La vraie question n’est pas de savoir si un bébé est trop gros, mais pourquoi certains ressentent le besoin de commenter son apparence. Et c’est peut-être là que se situe le véritable problème.

Images par IA

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