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Et si, demain, être mince devenait un véritable marqueur social ? Derrière cette phrase volontairement provocatrice se cache une réflexion beaucoup plus profonde sur notre rapport au corps, aux standards de beauté et à l’argent.

Dans une vidéo publiée sur TikTok, la créatrice de contenu Mathou développe une théorie intéressante : alors que la minceur extrême revient en force dans les tendances, atteindre le physique présenté comme « idéal » sur les réseaux sociaux demande parfois des moyens financiers considérables. Et paradoxalement, cette course à la minceur pourrait aussi contribuer à détériorer notre rapport au corps et à l’alimentation.

Les standards de beauté n’ont jamais été immuables

Il suffit de regarder quelques décennies en arrière pour comprendre à quel point les critères de beauté peuvent évoluer.

À certaines périodes, les formes généreuses étaient synonymes de beauté, de richesse ou encore de bonne santé. À d’autres, la silhouette idéale devait être fine, athlétique ou presque androgyne.

Mathou le rappelle justement dans sa vidéo : les standards corporels sont avant tout des constructions sociales.

Depuis quelques années, après une période durant laquelle le mouvement body positive avait permis une meilleure représentation des corps gros, ronds et différents, nous assistons à un retour particulièrement visible de la minceur.

Sur les réseaux sociaux, les contenus autour du corps très mince se multiplient. Le « skinny » redevient tendance.

Et c’est précisément là que quelque chose me dérange.

Un corps ne devrait jamais être une tendance.

@mathou_ou

Et attention ! Je ne dis ABSOLUMENT PAS que les personnes maigres sont forcément heureuses de l’être, bien au contraire ! La société impose aux gens d’être minces pour être « beaux ». Mais paradoxalement on discrimine également les personnes fines parce qu’elles n’ont pas « assez de formes ». En finalité, si chacun s’occupait de sa vie sans regarder celle des autres, le monde se porterait mieux ! Aimons notre différence ! Aimons ce qui fait de nous des êtres fantastiques !

♬ son original – Mathou

Le retour de la minceur extrême sur les réseaux sociaux

TikTok, Instagram et les autres plateformes ont considérablement changé notre manière de nous comparer.

Autrefois, nous pouvions nous comparer aux mannequins des magazines ou aux actrices de cinéma. Aujourd’hui, nous avons potentiellement sous les yeux des centaines de corps chaque jour.

Des influenceuses, des célébrités, des mannequins, mais également des personnes ordinaires dont les contenus sont sélectionnés par des algorithmes particulièrement efficaces pour comprendre ce qui attire notre attention.

Mathou évoque notamment ces nouvelles tendances autour du « skinny talk » et cette volonté de devenir toujours plus mince.

Le problème n’est évidemment pas d’être mince.

Une femme naturellement mince n’a pas davantage à se justifier de son corps qu’une femme grosse.

Le problème commence lorsque la minceur devient une condition supposée pour être considérée comme belle, désirable, élégante ou disciplinée.

Être mince va-t-il devenir un privilège ?

C’est probablement le passage le plus intéressant de la réflexion de Mathou.

Elle explique que les standards physiques présentés sur les réseaux sociaux sont beaucoup plus difficiles à atteindre qu’ils n’en ont l’air.

Sport, alimentation, soins esthétiques, maquillage, vêtements, coachs personnels, interventions médicales ou esthétiques : derrière certaines apparences présentées comme naturelles peuvent se cacher énormément de temps et d’argent.

Évidemment, toutes les personnes minces ne dépensent pas des fortunes pour l’être. Certaines le sont naturellement, d’autres pratiquent une activité sportive régulière ou ont simplement une morphologie différente.

Mais ce n’est pas réellement de cela dont il est question.

Nous parlons ici de la minceur érigée en idéal esthétique, accompagnée d’une peau parfaite, d’un visage répondant aux tendances du moment, d’une silhouette sculptée et d’une apparence soigneusement travaillée tout en donnant l’impression de n’avoir fait aucun effort.

Et entretenir cette apparence peut coûter cher.

Très cher.

La beauté pourrait alors devenir encore davantage un marqueur de classe sociale.

Quand l’argent permet de transformer son apparence

Nous ne disposons tout simplement pas tous des mêmes moyens.

Une personne disposant de revenus très importants peut accéder à des services auxquels une grande partie de la population n’a pas accès : coach sportif, repas préparés, suivi nutritionnel, soins esthétiques réguliers, dermatologie, chirurgie esthétique, vêtements parfaitement ajustés ou encore temps disponible pour prendre soin de soi.

Il existe également aujourd’hui des traitements médicaux pouvant entraîner une perte de poids. Ils ont leurs indications, leurs contre-indications et doivent relever d’un véritable suivi médical : ils ne devraient certainement pas devenir de simples accessoires permettant de suivre une tendance esthétique.

La différence est fondamentale.

Lorsque nous regardons une célébrité sur Instagram, nous comparons parfois notre corps à celui d’une personne qui ne dispose absolument pas des mêmes ressources que nous.

Mathou résume cette idée d’une manière radicale : les standards présentés comme accessibles à tous ne le sont pas nécessairement lorsque l’on ne dispose pas de moyens financiers importants.

@rastrong_man Les humains ils font des cheat meal tous les jourd merci mathou Mathou #pourtoi ♬ son original – Rastrong_man

Le paradoxe : vouloir être toujours plus mince peut détériorer notre rapport à l’alimentation

C’est également l’un des points importants de sa vidéo.

Que se passe-t-il lorsqu’une personne souhaite absolument atteindre un corps qui ne correspond pas à sa morphologie ?

Elle peut commencer par supprimer certains aliments.

Puis réduire les quantités.

Multiplier les séances de sport.

Se peser constamment.

Culpabiliser après avoir mangé.

Et chez certaines personnes vulnérables, cette obsession peut participer à l’installation de comportements alimentaires problématiques, voire de troubles des conduites alimentaires.

Mathou parle ici de sa propre expérience et explique avoir elle-même connu différents TCA après avoir voulu correspondre aux standards physiques qu’elle admirait.

Son témoignage rappelle quelque chose d’essentiel : la recherche permanente de la minceur n’est pas automatiquement synonyme de santé.

Grossophobie : parle-t-on réellement toujours de santé ?

Lorsqu’une personne grosse parle de grossophobie, une réponse revient presque systématiquement :

« Mais c’est pour ta santé. »

Bien sûr, le poids peut être associé à certains risques médicaux et personne ne devrait nier l’importance de la prévention ou d’un suivi médical adapté.

Mais soyons cohérents.

Lorsque quelqu’un insulte une femme grosse dans la rue, ce n’est pas de la prévention médicale.

Lorsque des commentaires sous une photographie expliquent qu’une femme serait « plus jolie avec 30 kilos de moins », ce n’est pas un diagnostic.

Lorsque nous considérons automatiquement une personne mince comme attirante et une personne grosse comme négligée, nous ne parlons plus de médecine.

Nous parlons de normes esthétiques.

C’est précisément ce que dénonce Mathou lorsqu’elle explique que les injonctions à maigrir sont régulièrement présentées comme des préoccupations de santé alors qu’elles peuvent aussi cacher un jugement sur l’apparence.

Et si la minceur devenait aussi un signe extérieur de richesse ?

Voilà finalement la question que cette vidéo m’a donnée envie de poser.

Pendant longtemps, dans certaines sociétés, être rond pouvait être associé à l’abondance : cela signifiait notamment que l’on avait accès à suffisamment de nourriture.

Dans nos sociétés occidentales contemporaines, le mécanisme pourrait presque s’inverser.

Avoir du temps pour faire du sport, acheter certains aliments, bénéficier d’un accompagnement personnalisé, accéder à certains soins ou traitements et entretenir son apparence demande des ressources.

La silhouette correspondant exactement aux standards du moment pourrait donc devenir, pour certaines personnes, une forme de consommation comme une autre.

Un luxe corporel.

Non pas parce qu’être naturellement mince serait réservé aux personnes riches — ce serait évidemment faux — mais parce que fabriquer et maintenir un corps répondant précisément aux standards esthétiques du moment peut demander beaucoup d’argent.

Et cette nuance est essentielle.

Reflet de confiance et d’acceptation

Le corps humain n’est pas une mode

C’est probablement ce que j’aimerais que nous retenions.

Nous avons connu le thigh gap, les silhouettes Kardashian, le retour des années 2000, le body positive, puis aujourd’hui le retour du « skinny ».

Quelle sera la prochaine tendance ?

Des hanches plus larges ? Des jambes plus fines ? Une poitrine plus petite ? Des fesses plus volumineuses ?

Le problème est précisément là.

Nous parlons du corps humain comme nous parlons de la longueur d’une jupe.

Mais contrairement à un vêtement, nous ne pouvons pas changer de morphologie chaque fois que TikTok décide qu’une nouvelle silhouette est à la mode.

Et nous ne devrions surtout pas avoir à le faire.

Apprendre à construire une vie plutôt qu’un corps parfait

La conclusion de Mathou est probablement beaucoup moins provocatrice que le début de sa vidéo.

Elle invite finalement à arrêter de construire son existence autour de l’approbation des autres et à apprendre à vivre davantage pour soi.

Et sur ce point, je la rejoins.

Prendre soin de sa santé, oui.

Faire du sport parce que cela nous fait du bien, évidemment.

Modifier son alimentation lorsque nous en ressentons le besoin ou lorsque notre santé le nécessite, bien sûr.

Mais passer sa vie à poursuivre le corps que les réseaux sociaux ont décidé de mettre à la mode cette année ?

Non.

Parce qu’il y aura toujours une nouvelle tendance.

Et surtout parce qu’au bout du compte, le véritable privilège ne devrait peut-être pas être d’être mince. Il devrait être de pouvoir vivre dans son corps sans passer sa vie à le détester.

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