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Il suffit parfois d’un chiffre pour comprendre à quel point la grossophobie reste ancrée dans notre société, notamment dans la mode. Pas un chiffre sur une balance. Pas un chiffre médical. Un simple 42. La taille moyenne des Françaises. Une taille portée par des millions de femmes. Une taille visible dans toutes les rues, dans tous les bureaux, dans toutes les familles. Et pourtant, aujourd’hui encore, certaines marques considèrent qu’un 42 est “trop” pour être montré.

L’influenceuse Militza Yovanka en a récemment fait l’expérience. Une expérience violente, humiliante et profondément révélatrice des contradictions de l’industrie de la mode. Après avoir validé plusieurs looks avec des marques pour des événements liés au Festival de Cannes, elle apprend seulement quelques jours avant son départ que les vêtements ne lui seront finalement pas prêtés. La raison n’est pas un problème de stock. Ce n’est pas un retard logistique. Ce n’est même pas l’absence de sa taille. Les marques vendent bel et bien du 42 et parfois même du 44. Non, le problème est ailleurs : elles ne veulent simplement pas voir ces tailles représentées.

Pourquoi la taille 42 reste-t-elle stigmatisée dans la mode ?

Le plus choquant dans cette histoire, ce n’est pas uniquement le refus. C’est la logique derrière ce refus. Militza explique très clairement que les marques acceptaient au départ de collaborer avec elle. Tout semblait validé. Les looks étaient choisis. Les échanges étaient positifs. Puis la question de la taille arrive. Et soudainement, tout change.

Ce détail est essentiel. Car il montre que le problème n’est pas la personnalité de l’influenceuse, son image ou son professionnalisme. Le problème est son corps. Un corps pourtant totalement banal dans la réalité française.

Selon plusieurs études, la taille moyenne des Françaises se situe autour du 42. Autrement dit, ce que certaines marques considèrent encore comme “hors norme” représente en réalité une immense partie de leur clientèle. Une absurdité économique autant qu’humaine.

Le message envoyé est terrible. “Nous voulons votre argent, mais pas votre visibilité.” “Achetez nos vêtements, mais ne les portez pas devant les photographes.” “Consommez nos produits, mais restez discrètes.”

Cette hypocrisie dure depuis des années dans la mode. Beaucoup de marques utilisent aujourd’hui des discours inclusifs dans leurs campagnes marketing. Elles parlent de diversité, de body positive, d’acceptation de soi. Mais dès qu’il faut réellement mettre ces valeurs en pratique, certaines disparaissent derrière des standards physiques figés dans les années 1990.

@militzayovanka

Tu peux être la personne la plus confiante du monde ce genre d’actions c’est juste affreux. Imagines, on valide ton profile on te dit all good tu choisis tes looks et ensuite c’est ANNULÉ car on ne prête que jusqu’au 38? C’est juste la réalité mais c’est pas pour autant que c’est pas incroyablement frustrant!

♬ original sound – Militza Yovanka

Comment ne pas être touchée par une telle humiliation ?

Certaines personnes minimiseront encore cette situation. Elles diront que “ce n’est pas grave”. Qu’elle “n’a qu’à acheter autre chose”. Que “ce sont juste des vêtements”. Mais ce raisonnement passe totalement à côté du sujet.

Militza le rappelle avec beaucoup de justesse : c’est son travail. Les partenariats, les événements, les apparitions publiques font partie de son activité professionnelle. Être exclue à cause de son corps n’est pas un simple désagrément. C’est une discrimination qui a des conséquences concrètes.

Le plus bouleversant dans son témoignage est probablement le moment où elle explique avoir pleuré pendant deux heures. Non pas parce qu’elle manquerait de confiance en elle. Non pas parce qu’elle se détesterait. Mais parce qu’être constamment ramenée à son poids finit forcément par blesser.

On peut être forte et souffrir. On peut s’aimer et être humiliée. Les deux ne sont pas incompatibles.

La société adore demander aux femmes rondes d’avoir “confiance en elles”. Mais elle oublie de parler de tout ce qu’elles doivent subir quotidiennement. Les remarques. Les refus. Les regards. Les discriminations silencieuses. Les vêtements absents en boutique. Les sièges trop petits. Les commentaires médicaux non sollicités. Les humiliations professionnelles.

La grossophobie n’est pas un simple “ressenti”. Ce sont des conséquences réelles sur la vie des personnes concernées.

Pourquoi cette histoire touche autant de femmes ?

Parce qu’elle rappelle quelque chose de très connu. Cette sensation d’être tolérée, mais jamais totalement acceptée.

Beaucoup de femmes rondes connaissent ce moment où tout semble normal… jusqu’à ce qu’un chiffre de taille apparaisse. Ce moment où l’ambiance change. Où les visages se ferment. Où les options disparaissent. Où l’on comprend qu’on vient de sortir des standards autorisés.

Et encore une fois, ici, nous parlons d’un 42. Pas d’une taille rarement produite. Pas d’une demande impossible. Un simple 42.

Militza le dit elle-même avec lucidité : elle ne se considère même pas comme “vraiment plus size” dans l’industrie actuelle. Ce qui rend la situation encore plus inquiétante. Si même une femme magnifique, médiatisée, talentueuse et portant un 42 subit cela, qu’en est-il des femmes portant un 48, un 52 ou un 60 ?

La violence symbolique commence bien avant les très grandes tailles. Elle commence dès qu’un corps féminin sort légèrement du fantasme ultra mince encore valorisé par certains milieux de la mode.

@militzayovanka De 70 à 106kg… Quelque soit le poids ici on s’habille avec confiance! Code MILITZA sur @nakdfashion pour une remise ! #fashionhaul #midsize #postpartumfashion #CapCut ♬ original sound – Militza Yovanka

La mode a-t-elle peur des femmes réelles ?

Le paradoxe est immense. Les marques veulent vendre à toutes les femmes. Elles savent très bien que leurs clientes ne ressemblent pas toutes à des mannequins de showroom. Elles savent que les corps changent. Qu’ils vivent. Qu’ils vieillissent. Qu’ils donnent naissance. Qu’ils prennent ou perdent du poids.

Mais malgré cela, une partie de l’industrie continue de considérer certains corps comme “moins désirables” visuellement.

Dans le témoignage de Militza, un détail frappe particulièrement : son postpartum. Elle explique que c’était son premier grand événement depuis avoir donné naissance à sa fille. À un moment où beaucoup de femmes essaient déjà de retrouver confiance en elles après les transformations physiques de la maternité, elle se retrouve confrontée à un système qui lui rappelle brutalement qu’elle ne correspond pas aux critères attendus.

Comment ne pas ressentir de colère face à cela ?

D’autant plus qu’elle rappelle avoir participé à des événements prestigieux aux États-Unis, aux Golden Globes, aux Emmy Awards ou encore au Festival de Cannes avec des équipes américaines. Son parcours prouve que le talent, le professionnalisme et le travail ne suffisent malheureusement pas toujours lorsque les normes physiques deviennent plus importantes que les compétences.

Pourquoi faut-il continuer à dénoncer la grossophobie ?

Parce que le silence protège toujours les discriminations. Parce que chaque témoignage permet à d’autres femmes de se sentir moins seules. Parce qu’il est temps de rappeler que les femmes rondes ne sont pas des “exceptions”.

Militza Yovanka est magnifique. Son visage, son charisme, sa présence et sa confiance crèvent l’écran. Et surtout, elle représente des millions de femmes réelles. Des femmes qui méritent d’être visibles sans devoir s’excuser d’exister.

Le plus inspirant dans son témoignage est peut-être sa conclusion. Malgré les larmes, malgré la colère, malgré l’humiliation, elle refuse de disparaître. Elle refuse de se cacher. Elle refuse de laisser ces marques décider de sa valeur.

Cette rage de continuer, cette volonté de prendre encore plus de place, beaucoup de femmes rondes la connaissent. Depuis toujours, elles doivent travailler deux fois plus pour obtenir la moitié de la considération accordée aux autres. Pourtant, elles continuent d’avancer.

Et peut-être que c’est précisément cela qui dérange encore certains milieux : voir des femmes rondes refuser d’avoir honte.





Image de couverture par IA

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