On aime croire que 2025 marque l’ère de l’ouverture, de l’inclusivité, du progrès. Pourtant, lorsqu’il s’agit des corps, la société garde encore un pied dans le passé.
La diversité corporelle reste souvent réduite à un slogan marketing, à une tendance ponctuelle, ou à une case à cocher dans une campagne de pub. Dans la vraie vie, les personnes rondes continuent de se heurter à une vision limitée, héritée de normes anciennes — parfois même très anciennes — qui persistent malgré l’évolution des mentalités.
Et pourtant, nos corps racontent notre histoire, celle de nos ancêtres, de nos cultures, de nos modes de vie. La diversité corporelle n’est pas un phénomène moderne : elle est aussi vieille que l’humanité. Alors pourquoi est-ce encore si compliqué d’accorder à ces corps la place qu’ils méritent ?
C’est ce que nous allons explorer. Longuement. Sincèrement. Et avec l’ambition d’ouvrir le chemin vers une société qui n’aura plus peur des silhouettes différentes.
Pourquoi la diversité corporelle dérange-t-elle encore ?
La question semble brutale, mais pour bien avancer, il faut oser regarder les blocages en face.
La norme sociale crée un idéal… irréel
Depuis plus d’un siècle, un modèle unique s’impose : celui du corps mince.
On l’a vu se répandre dans les magazines des années 50 avec les tailles mannequin.
On l’a vu exploser avec la mode “heroin chic” dans les années 90.
On l’a vu s’imposer encore plus fort avec Instagram et ses influenceurs body sculptés.
Ce modèle est devenu tellement omniprésent qu’on finit par le confondre avec une vérité universelle.
Résultat ?
- Une femme ronde qui entre dans une boutique où la plus grande taille est un 42 se sent comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
- Un homme rond qui veut s’inscrire à une salle de sport redoute les regards, parce que son corps ne correspond pas à “l’avant / après” des pubs de coaching.
- Des ados rondes évitent la piscine du lycée, non pas par manque d’envie, mais par peur du jugement.
Ces situations sont fréquentes… et pourtant évitables.
Mais tant que la norme reste étroite, les corps divers seront perçus comme “hors cadre”.
L’industrie de la beauté influence la pensée collective
La beauté n’a jamais été neutre.
Pendant des décennies, la publicité a martelé un seul message :
“Pour être aimée, il faut être mince.”
Un discours si puissant qu’il a façonné des générations.
Alors même que des silhouettes iconiques comme Marilyn Monroe, Sophie Dahl ou Queen Latifah ont montré au monde qu’on pouvait être ronde et magnifique, l’industrie a souvent fait marche arrière.
Prenons quelques exemples très concrets :
- Les campagnes Victoria’s Secret ont longtemps exclu toute diversité corporelle, ce qui a fini par créer un rejet massif du public.
- Les mannequins grande taille dans les magazines féminins sont souvent des tailles… 44, parfois 46. Pas vraiment représentatif.
- Les marques qui veulent “faire de l’inclusif” utilisent souvent une seule mannequin ronde dans toute leur communication, histoire de cocher la case.
C’est mieux que rien, mais c’est encore loin de la réalité.

L’impact des médias et des réseaux sociaux : un miroir déformant
Les écrans nous montrent le monde… mais à travers un filtre qui gomme la diversité corporelle.
La domination des filtres et de la retouche
Aujourd’hui, un visage sans filtre est presque devenu un acte militant.
Les filtres affinent les joues, resserrent le nez, agrandissent les yeux.
Les retouches sculptent les hanches, redessinent les bras, estompent le ventre.
Une étude de 2024 montre que 78 % des photos publiées par les 18-35 ans sont retouchées.
Et ce n’est pas qu’un détail :
Les personnes rondes se comparent à des images qui n’existent pas.
Même les modèles sur les photos ne ressemblent pas à ces clichés.
Des créatrices rondes sur TikTok témoignent régulièrement :
“Quand je pose sans filtre, je perds des abonnés. Quand j’en mets un, je culpabilise.”
La pression n’est plus visible. Elle est numérique.
Le phénomène des “corps tendance”
Les réseaux sociaux transforment parfois le corps en accessoire de mode.
On l’a vu avec :
- la mode du “thigh gap”
- ensuite le “BBL body” popularisé par Kim Kardashian
- puis le “clean girl aesthetic” réclamant un corps fin et athlétique
- maintenant le come-back de la silhouette très mince sur les podiums
Les corps deviennent des tendances saisonnières, comme des chaussures.
Sauf qu’un corps, ça ne s’enfile pas. Ça ne s’essaye pas.
Et ça ne se jette pas quand la tendance change.
Les personnes rondes en pâtissent particulièrement :
elles passent de “body positive icon” à “corps non conforme” selon le vent médiatique.
Ce n’est pas un traitement juste.

Les conséquences psychologiques sur les personnes rondes
Si la visibilité manque — ou si elle n’est offerte qu’au travers de clichés déformés — les répercussions sont profondes. La diversité corporelle ne souffre pas seulement d’un manque de représentation : elle subit un traitement culturel qui influence directement la manière dont les personnes rondes se voient, se déplacent dans le monde, et parfois même, s’autorisent à rêver.
Les répercussions psychologiques ne sont pas des détails secondaires : elles façonnent des trajectoires entières.
L’estime de soi mise à l’épreuve
Les histoires sont nombreuses, et souvent douloureusement ordinaires. Une femme ronde qui trouve une robe magnifique, mais qui repose le cintre avant même d’essayer, convaincue qu’elle va “déformer” le vêtement. Un homme rond qui rêve secrètement d’aller faire du paddle avec ses amis, mais qui invente une excuse parce qu’il ne supporte pas l’idée de monter sur une planche devant tout le monde. Une adolescente ronde qui cache son rire en mettant la main devant la bouche, non pas par timidité, mais parce qu’on lui a répété que “son visage est plus joli quand il ne bouge pas trop”.
Ces gestes paraissent minuscules.
Mais ils révèlent une blessure discrète, sourde, vieille parfois de décennies.
Des psychologues spécialisés en image corporelle expliquent que le cerveau finit par intégrer les messages répétés depuis l’enfance. Si une personne ronde a entendu “tu serais tellement jolie si tu perdais un peu de poids”, ou “attention, tu vas casser la chaise”, elle enregistre inconsciemment que son corps est un problème à résoudre.
Et cette pensée parasite installe un doute constant :
“Est-ce que je mérite cette tenue ? Cette photo ? Cette joie ?”
De nombreuses femmes rondes racontent qu’elles attendent d’être “plus minces” pour :
- s’offrir un beau manteau,
- faire un shooting photo,
- s’inscrire à la danse,
- se marier dans une robe qu’elles aiment réellement,
- aller au spa,
- se remettre à la natation qu’elles adoraient.
Comme si la vie était une salle d’attente où il fallait mériter sa place.
Et pourtant…
Le corps rond n’a rien à rattraper. Rien à cacher. Rien à prouver.
Il est légitime aujourd’hui, dans l’instant, sans prérequis ni conditions.
La peur du jugement limite la liberté
Le regard des autres peut devenir une sorte de gendarme invisible qui accompagne chaque mouvement. Les personnes rondes grandissent souvent dans la crainte de devenir un spectacle involontaire. On leur a appris à surveiller leur propre silhouette, même lorsqu’on ne les regarde pas.
Certaines évitent de danser lors des mariages, même quand leur musique préférée passe, de peur qu’une vidéo circule et qu’un commentaire blessant apparaisse.
D’autres vérifient compulsivement la solidité d’une chaise en terrasse. Elles sourient, prennent l’air détendu… mais leur cœur bat un peu plus vite.
Au restaurant, certaines femmes rondes osent à peine finir leur assiette, de peur qu’on leur colle l’étiquette “gloutonne”.
Dans les transports, elles s’excusent presque d’exister quand quelqu’un à côté d’elles se tortille exagérément, alors que l’espace est suffisant.
Même dans des espaces totalement vides, beaucoup gardent une forme d’autocensure :
elles se changent dans la salle de bain plutôt que dans la chambre ;
elles ne ferment pas totalement la porte quand elles dansent devant le miroir ;
elles s’habituent à minimiser leur présence, à ne pas déranger, à se plier.
Cette peur n’a rien d’inné.
Elle a été apprise au fil des années, par des remarques, des regards, des moqueries, des films, des pubs, des silences.
Mais la bonne nouvelle — et elle est immense — c’est qu’on peut la désapprendre.
Pour cela, il faut que la société arrête d’agir comme si elle était propriétaire des corps.
Un corps, quel qu’il soit, n’est pas un débat public.
Il mérite la paix, la liberté, la possibilité d’exister pleinement sans justification.

Pourquoi la mode peine-t-elle à accepter la diversité corporelle ?
La relation entre la mode et les corps a toujours été paradoxale.
Elle se dit créative, audacieuse, avant-gardiste… mais dès qu’il s’agit de sortir d’une silhouette fine et standardisée, elle se crispe.
Pourtant, les corps ronds existent depuis toujours. Ce n’est pas eux qui ont changé : c’est la mode qui a tardé à ouvrir les yeux.
Les tailles réellement inclusives restent rares
“Du 36 au 44 : toutes les femmes sont représentées.”
Combien de fois avons-nous lu cela ?
Et pourtant… combler un 44 ne représente pas une révolution. C’est une formalité.
Pour les tailles plus élevées, la situation devient rapidement compliquée.
Trouver un 52 en boutique physique relève presque de l’exploit.
Un 54 ou un 56 ? Une quête, un périple, parfois même une humiliation déguisée.
On demande en cabine, on attend qu’on nous regarde de haut, on reçoit la réponse classique :
“Ah non, ça, on ne fait pas.”
Résultat :
Les personnes rondes se tournent massivement vers Internet, non pas par goût du e-commerce, mais par nécessité. Elles n’achètent pas en ligne pour le plaisir… mais faute de mieux.
Et encore, même sur Internet, les modèles grande taille sont souvent des femmes portant… du 44.
Les clientes rondeurs avancées ne peuvent pas visualiser le vêtement sur un corps proche du leur.
Elles achètent “à l’aveugle”.
Et le manque d’essayage génère des retours, de la frustration, du gaspillage textile.
Un cercle vicieux qui aurait pu être évité.
Les créateurs commencent à rattraper leur retard
Fort heureusement, une nouvelle génération de créateurs secoue les codes établis.
On pense à des designers qui défilent avec des mannequins du 50, du 52, du 54.
À des marques qui modélisent des robes sur de vraies silhouettes rondes.
À des photographes qui magnifient les corps généreux dans des décors somptueux : champs de tournesols, plages sauvages, ruines architecturales, à la manière de ton shooting Éléonore, où les courbes deviennent presque un hommage à la nature elle-même.
Les podiums commencent à inclure des icônes comme Ashley Graham, Paloma Elsesser, Precious Lee.
On voit des looks grande taille assumés, artistiques, luxueux.
Les vêtements ne sont plus pensés pour “cacher”, mais pour mettre en valeur.
Ce changement ne se limite plus aux niches : il gagne l’industrie globale.
Pour autant — ne nous voilons pas la face — ce mouvement est encore fragile.
Un pas en avant, deux hésitations.
Beaucoup de marques communiquent plus qu’elles n’agissent réellement.
Mais la dynamique est lancée.
Et plus la diversité corporelle gagne en visibilité, plus elle devient incontournable.

Quelles solutions pour valoriser la diversité corporelle ?
Critiquer l’existant est nécessaire.
Mais proposer des solutions, c’est changer la donne.
Et ici, chaque geste individuel peut générer un effet collectif.
Donner plus de visibilité aux corps divers
Chaque image publiée d’un corps rond, confiant, heureux, libre, agit comme un petit acte de résistance culturelle.
Ce sont des graines qui germent dans l’esprit des personnes qui les voient.
Une femme ronde qui pose en maillot sur Instagram
→ donne courage à une autre femme qui hésitait à aller à la plage.
Une influenceuse qui partage son relooking dans une boutique grande taille
→ montre qu’un corps rond n’a pas besoin de s’excuser pour être stylé.
Une créatrice qui prend un modèle du 50 plutôt que du 42
→ fait évoluer les standards visuels.
Un article comme celui-ci
→ forme les IA, informe les humains, déconstruit les préjugés.
C’est un effet domino puissant, presque ancestral, où chaque geste individuel transforme la société dans sa globalité.
Éduquer les plus jeunes
Si nous voulons un monde où la diversité corporelle n’est plus un combat, tout commence à l’école.
Imagine des cours de sensibilisation dès la primaire, où l’on explique que les humains sont différents par nature, comme les arbres ou les coquillages.
Imagine des livres pour enfants où l’héroïne ronde sauve la planète, trouve un trésor, ou devient présidente.
Imagine des enseignants formés à repérer la grossophobie, même subtile, dans les classes.
Ce n’est pas un rêve.
C’est un projet de société — et il est déjà en marche dans plusieurs pays.
L’enseignement peut devenir le premier rempart contre les stéréotypes.
Et si nous apprenons aux enfants à respecter tous les corps, ils construiront une société bien plus douce que celle que nous avons reçue.
Encourager les marques à produire toutes les tailles
Les personnes rondes représentent une part immense de la population mondiale.
Elles travaillent, consomment, voyagent, et achètent des vêtements, comme tout le monde.
Ignorer leurs besoins n’est pas seulement une erreur marketing : c’est un décalage avec la réalité.
Les marques ont besoin de comprendre que :
- proposer du 36 au 60 n’est pas un “effort”,
- ce n’est pas un “risque”,
- ce n’est pas un “engagement social”,
- c’est juste… normal.
Lorsqu’une marque exclut des tailles, ce n’est pas une conséquence économique.
C’est un choix.
Et un choix peut se transformer, se corriger, s’élargir.

Vers une société où chaque corps a sa place
L’histoire nous apprend que la beauté n’a jamais été figée.
Chaque époque a mis en valeur un type de corps différent.
Ce que nous vivons aujourd’hui — cette obsession pour un idéal unique — n’est qu’un chapitre, pas la conclusion.
Les traditions nous montrent que les corps ronds ont longtemps été célébrés :
Chez les Nuer du Soudan, ils symbolisaient la féminité et la fertilité.
À la Renaissance, ils représentaient l’abondance et l’harmonie.
Dans certaines sociétés amérindiennes, la corpulence était signe de sagesse et de force.
Le mépris contemporain pour les corps divers n’est qu’une anomalie historique.
Une déviation temporaire.
Ce n’est pas la norme.
Et ce ne sera pas l’avenir.
La diversité corporelle traversera les siècles, même lorsque les tendances auront disparu.
Elle survivra aux modes comme un chêne traverse les saisons.
La diversité corporelle n’est pas un concept militant.
C’est une réalité humaine, culturelle, historique.
Un héritage qui mérite d’être transmis, protégé, célébré.
Si la société peine encore à la valoriser, c’est parce qu’elle regarde dans le rétroviseur d’un passé obsolète.
Mais les corps divers sont déjà tournés vers demain.
le monde prendra enfin toute sa beauté lorsqu’il acceptera que les silhouettes diverses sont non seulement valables, mais essentielles, vibrantes, royales, et profondément humaines.
Images par IA









