La grossophobie dans la mode n’est pas une théorie militante inventée sur les réseaux sociaux.
C’est une réalité vécue.
Une réalité racontée sans filtre par des femmes comme Laurence Boccolini et Marianne James.
Avant les hashtags.
Avant les défilés inclusifs.
Avant que le mot “diversité” devienne tendance.
Il y avait le silence.
Et des portes fermées.
“La marque ne veut pas, parce que t’es grosse”
Laurence Boccolini raconte un souvenir précis. Glacial.
Elle voulait simplement porter un collier d’une grande maison de haute couture lors d’un prime télévisé. Rien d’extravagant. Juste un bijou.
Pendant trois semaines, silence radio des attachés de presse.
Puis la vérité finit par tomber.
La marque ne voulait pas.
Parce qu’elle n’était pas belle.
Parce qu’elle était grosse.
Voilà ce qu’était la grossophobie dans la mode au début des années 2000.
Un refus assumé.
Un jugement direct sur le corps.
Pas une question de talent.
Pas une question d’audience.
Une question de silhouette.
Dix millions de téléspectateurs… et aucune robe
En 2002, Laurence participe à un prime sur TF1.
Près de 10 millions de téléspectateurs.
Un succès immense.
Et pourtant, impossible d’obtenir des prêts de vêtements.
On ne lui envoyait rien.
Ou alors des pièces inadaptées.
Même en faisant du 50 ou du 52 — des tailles loin d’être marginales — elle se retrouvait sans solution.
Ce paradoxe dit tout.
On accepte votre voix.
On accepte votre talent.
Mais pas votre corps.
@bipsonore « T’es pas belle, t’es grosse » #laurenceboccolini #podcast #youtube #shera ♬ son original – Bip sonore par Shera
“On n’avait personne”
Laurence le dit clairement.
Elle et Marianne n’avaient personne.
Quand elles allumaient la télévision, aucune femme de leur taille ne s’habillait en haute couture. Aucun modèle auquel s’identifier.
Pour une génération entière, cela signifie grandir sans miroir positif.
On parle aujourd’hui de représentation comme d’un levier d’estime de soi. À l’époque, c’était une absence béante.
Les jeunes filles rondes regardaient l’écran et comprenaient une chose :
leur corps n’était pas prévu pour la lumière.
Habillée en homme
Quand des stylistes acceptaient enfin de prêter des vêtements, la situation devenait presque absurde.
On apportait des vestes d’homme.
Des chemises masculines.
Des coupes droites sans espace pour la poitrine.
Comme si le corps rond féminin n’existait pas.
Comme si l’industrie ne savait pas le penser.
La grossophobie dans la mode, c’est aussi ça.
Ne pas concevoir qu’une femme puisse être élégante au-delà d’un 44.
Londres, terre de refuge
Face au désert français, Laurence a trouvé une solution : Londres.
Là-bas, l’offre était plus large.
Les tailles existaient.
Les boutiques comprenaient que toutes les femmes ne font pas du 36.
C’est presque ironique.
La France, patrie de la haute couture, incapable d’habiller certaines de ses artistes.
Pendant que Londres proposait des alternatives concrètes.
Ce détail montre que la grossophobie n’est pas une fatalité universelle.
C’est un choix culturel.
Un retard mentalité.
“Enfin quelqu’un comme moi”
Malgré les humiliations, il y avait les messages.
Des femmes qui écrivaient à Laurence.
“Enfin quelqu’un comme moi.”
Cette phrase, simple en apparence, est puissante.
Elle révèle un manque immense de représentation.
Elle prouve que la visibilité change des vies.
Rappelons une réalité souvent oubliée : la taille moyenne des Françaises tourne autour du 42-44. Le 46 n’a rien d’extrême.
Et pourtant, pendant longtemps, ces tailles étaient invisibles à l’écran.
Forcer les portes avec la tête
Laurence et Marianne ne se sont pas effacées.
Elles ont insisté.
Elles se sont imposées.
Elles ont créé leurs propres solutions.
Il a fallu déployer des trésors de créativité.
Mixer des pièces improbables.
Faire retoucher.
Improviser.
La grossophobie dans la mode les a contraintes à devenir stratèges.
Et quelque part, cela a forgé leur caractère.
La violence invisible
Ce qui marque dans ces témoignages, ce n’est pas seulement le refus des marques.
C’est la violence symbolique.
Entendre qu’une grande maison ne veut pas que son bijou soit porté par vous.
Non pas pour des raisons artistiques.
Mais pour votre poids.
Ce type de phrase s’imprime durablement.
Il faut une force intérieure considérable pour continuer à monter sur scène après cela.
Une génération sacrifiée ?
On pourrait presque dire que Laurence et Marianne appartiennent à une génération de transition.
Elles ont payé le prix fort.
Aujourd’hui, des mannequins grande taille défilent. Des collections s’étendent jusqu’au 52 ou 54. Des campagnes mettent en avant des silhouettes variées.
Mais ce progrès n’est pas tombé du ciel.
Il s’est construit sur les épaules de femmes qui ont accepté d’être visibles malgré le mépris.
La grossophobie dans la mode existe encore
Soyons lucides.
Même si les choses évoluent, la grossophobie dans la mode n’a pas totalement disparu.
Certaines collections s’arrêtent toujours au 42.
Certaines maisons restent frileuses.
Certains standards persistent.
Mais la différence majeure aujourd’hui, c’est que le silence a été brisé.
Les témoignages circulent.
Les injustices sont nommées.
Les consommatrices exigent mieux.
Un héritage précieux
Ce que Laurence raconte n’est pas seulement une anecdote.
C’est un morceau d’histoire.
Une preuve que la représentation ne se donne pas. Elle se conquiert.
Grâce à ces femmes, des adolescentes rondes peuvent aujourd’hui allumer la télévision et se voir.
Elles peuvent trouver des vêtements plus facilement.
Elles peuvent imaginer un avenir où leur corps n’est pas un obstacle professionnel.
Et maintenant ?
L’avenir appartient à une mode plus large.
Plus intelligente.
Plus réaliste.
Les corps français ne sont pas uniformes.
Ils ne l’ont jamais été.
La véritable élégance n’a jamais été une question de tour de taille.
Elle est une question d’attitude.
Laurence l’a prouvé.
Marianne l’a prouvé.
Elles ont enfoncé les portes.
À nous de les laisser ouvertes.
Image de couverture par IA









