Claire ouvre son carnet un soir de semaine, la lampe tamisée éclaire sa page. Elle ne cherche pas à écrire un roman, elle a juste besoin de poser trois phrases qui semblent impossibles à prononcer à voix haute : « J’accepte mon corps tel qu’il est. » Après quelques lignes, la phrase devient moins étrangère, moins menaçante. C’est précisément ce que promet l’écriture thérapeutique et acceptation : transformer l’intime par l’encre, peu à peu.
Qu’est-ce que l’écriture thérapeutique et acceptation ?
L’écriture thérapeutique désigne l’usage de l’écriture comme outil de soutien émotionnel, de clarification et de transformation. Lorsqu’on y ajoute la dimension de l’acceptation, l’objectif devient plus précis : réduire la lutte intérieure contre son corps, ses émotions et son histoire, et favoriser une relation plus apaisée avec soi-même. Ce n’est pas une guérison instantanée, ni une technique miracle, mais un cheminement personnel qui aide à nommer, sentir et intégrer ce qui a été refoulé ou minimisé.
Pourquoi l’écriture aide-t-elle à accepter son corps ?
L’écriture rend visible l’invisible. Les pensées tourbillonnent et souvent s’entremêlent en un flot chaotique. Mettre des mots sur la douleur, la honte, la colère ou la tendresse crée de l’espace entre la personne et ses réactions. Cette distance permet d’observer, d’analyser et parfois de remettre en question des croyances profondément ancrées, comme « je ne mérite pas d’être aimée » ou « je dois me cacher ». Pour les femmes rondes et plus particulièrement pour celles qui subissent la fatphobie, cet espace est crucial : il offre une chance de répondre aux injonctions sociales avec une voix intérieure plus douce et plus juste.
Des études en psychologie montrent que l’écriture expressive diminue le stress, améliore l’humeur et peut renforcer la résilience face aux traumatismes. Mais au-delà des chiffres, il y a la valeur concrète : écrire aide à repérer les schémas, à réécrire des récits de honte et à pratiquer l’auto-compassion. C’est un outil accessible, peu coûteux et adaptable à chaque rythme.

Les grands types d’écriture thérapeutique utiles pour l’acceptation
Écriture expressive
Il s’agit d’écrire sans autocensure pendant un temps donné, souvent vingt minutes, sur ce qui préoccupe. L’objectif n’est pas la qualité littéraire mais la sincérité. Par exemple, Aïcha tient un cahier où elle laisse couler ses phrases après une dispute familiale sur son poids. Parfois elle écrit des injures qu’elle n’aurait pas dites à voix haute. Plus tard, relire lui permet de voir l’intensité de ses émotions et de goûter aux phrases qui la consolent.
Lettre non envoyée
Écrire une lettre à une personne, à son passé, à son corps ou à une institution (la société, la mère, un ex) sans jamais l’envoyer, est une manière puissante de libérer des paroles retenues. Sophie a écrit une lettre à son ventre après une fausse couche et ne l’a jamais envoyée. Quelques mois après, elle dit avoir moins peur de ressentir et moins de colère qu’avant.
Journal de gratitude corporelle
Tenir un journal où l’on note chaque jour une ou deux choses que le corps a accomplies, même minuscules, aide à déplacer l’attention de l’apparence vers la fonctionnalité. Par exemple, noter « aujourd’hui, mes jambes m’ont portée jusqu’au parc et j’ai couru avec ma fille » transforme la relation au corps en célébration du vécu plutôt qu’en jugement esthétique.
Dialogues avec le corps
Écrire un échange entre « soi » et une partie du corps (le ventre, les cuisses, la poitrine) humanise cette partie et permet de lui donner la parole. Marie a commencé à écrire comme si son corps répondait à ses accusations : « Je suis fatiguée » ou « J’ai besoin de pauses ». Le dialogue a allégé les critiques et ouvert à des gestes concrets de soin.
Réécriture narrative
Raconter son histoire en changeant le cadre ou le ton peut désamorcer les récits honteux. Par exemple, transformer un épisode d’humiliation scolaire en récit où le protagoniste survit, se relève et se défend. Cette technique aide à reprendre la main sur le récit personnel et à s’identifier à une version plus résiliente de soi.

Exercices pratiques pas à pas
Pour que l’écriture devienne un compagnon, il faut des gestes simples, répétables. Voici des exercices concrets et faciles à intégrer à la semaine, illustrés par des exemples nominatifs pour rendre la méthode vivante.
Exercice 1 : la page de matin — cinq minutes pour se centrer
Chaque matin, Éléonore ouvre son carnet et écrit trois phrases : une phrase sur une sensation corporelle, une phrase sur une émotion, une phrase d’intention pour la journée. Exemple : « Mes épaules sont lourdes. Je me sens inquiète. Aujourd’hui, je nourrirai ma curiosité, pas ma honte. » L’exercice prend peu de temps, mais il ancre la journée dans la conscience corporelle et pose une intention tournée vers l’acceptation.
Exercice 2 : la lettre de pardon
Maxime, qui a subi des remarques blessantes pendant l’enfance, a écrit une lettre à l’enfant qu’il a été. Il commence par reconnaître la douleur, puis exprime pardon et protection : « Je sais que tu as peur. Je suis là pour toi. Tu peux manger sans culpabilité. Tu peux aimer ton reflet. » Cette lettre peut être relue ou brûlée symboliquement, selon les besoins.
Exercice 3 : écrire une liste différente
Pendant dix jours, chaque soir, Anna écrit une chose qu’elle apprécie chez son corps et une action concrète de soin qu’elle s’accordera le lendemain. Exemple : « J’aime mes mains qui soignent. Demain, j’achèterai une crème douce et je prendrai cinq minutes pour masser mes ongles. » Ce rituel remplace l’auto-dévalorisation par des gestes concrets d’attention.
Exercice 4 : la lettre à la société
Quand la colère est dirigée vers les normes sociales, Lila a trouvé utile d’écrire une lettre à la « société » ou au « miroir ». Elle énumère les injonctions reçues, puis décrit ce qu’elle souhaite à la place : respect, diversité, honnêteté. La lettre ne cherche pas à convaincre les autres mais à clarifier ses valeurs et ses limites.

Comment adapter l’écriture thérapeutique aux enjeux des plus-size ?
Les femmes rondes vivent des micro-agressions répétées, des conseils non sollicités et des représentations médiatiques exclusives. L’écriture thérapeutique devient un outil de résistance lorsque les exercices prennent en compte ce contexte spécifique. Il s’agit d’intégrer des questions de sécurité, d’affirmation et de stratégie dans l’écriture.
Par exemple, lorsqu’une lectrice nommée Sonia rédige son journal après une séance d’essayage difficile, elle ne se contente pas de décrire la situation ; elle note aussi les pensées automatiques (« je suis indigne », « je dois changer »), puis écrit trois réponses alternatives qu’elle pourrait dire à haute voix la prochaine fois. Cela transforme l’introspection en préparation pratique pour affronter des situations sociales hostiles.
De même, l’écriture peut servir à élaborer un script de défense : « Si quelqu’un me dit que je devrais perdre du poids, je réponds : ‘Merci pour ton avis, mais je préfère décider pour moi.’ » La répétition écrite renforce la confiance et rend les réponses plus fluides en situation réelle.
Intégrer l’écriture dans la vie quotidienne : rituels et contraintes bienveillantes
La régularité importe plus que la longueur. Il vaut mieux écrire cinq minutes par jour que de se forcer à un roman mensuel. L’écriture devient alors un rituel de soin : un temps posé pour soi, sans jugement.
Un rituel possible est de relier l’écriture à une action corporelle, par exemple écrire après une douche chaude ou après une promenade. Le moment de calme favorise l’intériorité. Clara associe son écriture du soir à une tisane et à l’allumage d’une bougie. Le rituel envoie un signal au corps : voici un temps sûr pour ressentir et transformer.
Pour celles qui craignent que l’écriture ne ravive des traumas, il est utile de commencer par des formats structurés et limités dans le temps, comme des exercices de cinq à vingt minutes. Si l’émotion devient trop forte, arrêter et contacter un proche ou un professionnel est une démarche saine et responsable.
L’écriture associative : mêler couture, vêtements et récits corporels
La mode et le vêtement sont des terrains d’expression puissants pour les femmes rondes. Écrire sur une robe préférée, sur un tissu qui rassure, ou sur une journée où une tenue a changé la posture, aide à relier l’acceptation corporelle à des gestes concrets. Par exemple, Nadège a écrit un texte où elle raconte comment une robe rouge portée lors d’un mariage lui a donné une sensation d’empowerment. Ce récit lui a permis de réassocié la couleur rouge à la célébration de soi plutôt qu’à la provocation.
Les carnets de style peuvent devenir des supports thérapeutiques : noter ce qui fait sentir bien, lister les coupes qui offrent du confort, écrire une « lettre d’amour » à une tenue qui accompagne un moment fort. Relier l’écriture et le vêtement transforme la garde-robe en alliée plutôt qu’en champ de bataille.

Histoires vraies : trois parcours d’écriture qui mènent à l’acceptation
Marie, 32 ans, a combattu les régimes depuis l’adolescence. Après une thérapie, elle débute un journal d’écriture expressive. Au fil des mois, elle identifie la critique interne comme une voix héritée de commentaires parentaux. Écrire une lettre à cette voix, l’interroger et lui répondre change la dynamique : la voix n’est plus juge incontestable mais un personnage que l’on peut questionner.
Fatou, 27 ans, a commencé par écrire des listes de gratitudes corporelles quand elle s’est sentie envahie par la honte après la maternité. Elle a noté la force de ses seins qui ont nourri son fils, la résistance de ses hanches pendant le travail, et la douceur de ses mains. Ces pages ont constitué une archive affective qu’elle relit encore les jours de doute.
Lucie, 41 ans, a expérimenté la réécriture narrative. Elle s’est autorisée à raconter son enfance de façon différente, en insistant sur les ressources qu’elle a mobilisées plutôt que sur la honte qu’on lui a instillée. Cette nouvelle narration l’a aidée à se présenter à son entourage différemment, à affirmer des limites et à choisir des relations plus respectueuses.
Combiner écriture thérapeutique et communauté
Écrire peut être une pratique intimiste, mais la partager, dans des cercles bienveillants, renforce souvent le sentiment d’appartenance. Des ateliers d’écriture, des groupes de lecture ou des clubs de journaling permettent d’entendre d’autres récits, de se sentir moins seule et de recevoir des retours chaleureusement constructifs.
Par exemple, un atelier dirigé par une animatrice formée peut proposer des consignes précises : écrire une lettre de compassion à son corps, puis lire à voix haute si on le souhaite. Les retours du groupe, empreints de solidarité, créent une expérience d’acceptation collective. Ces rencontres peuvent se faire en présentiel ou en ligne et trouvent souvent un écho fort au sein de communautés qui célèbrent la diversité corporelle.
Quand l’écriture n’est pas suffisante : tracer les limites et demander de l’aide
Il arrive que l’écriture fasse remonter des blessures trop lourdes pour être traitées seule. Des symptômes comme des épisodes de dissociation intense, des pensées suicidaires ou des flashbacks indiquent la nécessité d’un accompagnement professionnel. Dans ces cas, l’écriture reste utile comme trace et support, mais elle doit être complétée par la parole thérapeutique avec un psychologue ou un psychiatre.
Si l’émotion devient insupportable pendant un exercice, quelques gestes peuvent aider : lire des pages légères, appeler une personne de confiance, ou pratiquer une technique d’ancrage (respiration, contact avec un objet solide). La sécurité émotionnelle prime sur la persévérance dans une méthode.

Mesurer les progrès : signes concrets d’acceptation
L’acceptation n’est pas une ligne droite. Cependant, certains signes montrent que l’écriture porte ses fruits. La lectrice peut constater moins de ruminations autour de l’apparence, une plus grande tolérance à l’égard des commentaires extérieurs, des actes concrets de soin (réserver un moment pour soi, acheter un vêtement qui plaît) et la capacité à raconter son histoire sans s’effondrer. Ces petits pas, répétés, s’additionnent et conduisent à une relation plus douce avec le corps.
Conseils pour commencer et tenir sur la durée
Choisir un support agréable, qu’il s’agisse d’un carnet au papier épais ou d’une application privée, aide à créer un cadre. Fixer une durée réaliste, comme cinq à vingt minutes, réduit la pression. Laisser des traces de progression en relisant des textes anciens permet de mesurer l’évolution. Enfin, être indulgente : certaines journées seront silencieuses, d’autres intenses. L’essentiel est la constance, pas la perfection.
Beauteronde, blog dédié à l’estime de soi et à la confiance des femmes rondes, propose régulièrement des idées d’exercices et des témoignages qui peuvent compléter cette pratique d’écriture.
Ressources complémentaires
Des ouvrages sur l’écriture expressive, des ateliers locaux, des psychologues spécialisés en thérapies narratives et des communautés en ligne offrent des supports divers. Chercher des espaces spécifiques à la diversité corporelle permet d’éviter des conseils généralisés et parfois culpabilisants. Les bibliothèques proposent souvent des ateliers d’écriture, et des associations locales organisent des rencontres axées sur l’acceptation corporelle et la créativité.
« Écrire, c’est trier le monde en petits bouts que l’on peut examiner. Et en triant, on découvre parfois qu’on a envie de garder ce qui semblait laid. »
Ecrire pour apprivoiser, pas pour se juger
L’écriture thérapeutique et acceptation n’est pas un outil de performance. C’est un espace de parole privée, un entraînement à la douceur. Pour les femmes rondes, souvent confrontées à des injonctions externes puissantes, écrire revient à prendre la plume de sa propre histoire et à décider, progressivement, de la couleur et du ton de ce récit. Les exercices proposés permettent de transformer la critique en curiosité, la honte en questionnement et parfois en compassion. L’important est d’aller à son rythme, de chercher du soutien quand c’est nécessaire et de reconnaître chaque petit pas comme une victoire.
Images par IA









