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Le terme “fascist body” peut paraître brutal, presque provocateur, et pourtant il met des mots sur une réalité bien installée dans notre quotidien. Quand je découvre ce concept, notamment à travers les réflexions de Zina Mebkhout dans son livre Manger sans culpabiliser, je comprends qu’il ne s’agit pas seulement de parler de minceur ou de standards de beauté, mais d’un véritable système de contrôle des corps. Un système qui classe, hiérarchise et impose une norme unique, souvent présentée comme naturelle alors qu’elle est profondément politique.

Une norme corporelle qui ne doit rien au hasard

Quand on parle de “fascist body”, on parle d’un corps idéal imposé, valorisé, et présenté comme supérieur. Ce corps est généralement mince, tonique, maîtrisé, jeune, valide. Il ne déborde pas, il ne dérange pas, il est discipliné. Cette vision du corps n’est pas apparue par hasard. Elle s’inscrit dans une longue tradition historique où le corps a toujours été un outil de pouvoir. Dans les idéologies autoritaires, le corps parfait symbolise l’ordre, la pureté, la maîtrise de soi. Aujourd’hui, ces codes ont changé de forme, mais pas de fond.

Je vois bien comment cette norme s’infiltre partout. Dans les campagnes publicitaires, dans les films, dans les discours médicaux parfois, et même dans les conversations banales. On parle de “se reprendre en main”, de “faire attention”, comme si le corps était un projet à corriger en permanence. Derrière ces mots, il y a une idée très forte : certains corps seraient plus légitimes que d’autres.

Une hiérarchie des corps profondément ancrée

Le “fascist body”, c’est aussi une hiérarchie invisible mais bien réelle entre les individus. Être mince, c’est souvent être perçu comme discipliné, sérieux, digne de confiance. À l’inverse, être gros ou simplement sortir de la norme, c’est encore trop souvent être associé à un manque de volonté ou de contrôle. Cette logique est au cœur de la grossophobie, qui ne se limite pas à des remarques déplacées, mais qui influence l’accès à l’emploi, aux soins, à la reconnaissance sociale.

Ce qui me frappe, c’est à quel point cette hiérarchie est intériorisée. Elle ne vient pas seulement des autres. Elle vit aussi en moi, dans ce réflexe de me juger, de me comparer, de vouloir rentrer dans un cadre. Et c’est là que le système devient redoutablement efficace, parce qu’il n’a plus besoin de s’imposer de l’extérieur.

Le corps des femmes, un terrain de contrôle privilégié

Ce système s’exerce avec encore plus de force sur les femmes. Le corps féminin est depuis toujours un espace de projection sociale, culturelle et politique. On attend des femmes qu’elles soient belles, mais pas trop, minces, mais pas faibles, visibles, mais discrètes. Une équation impossible, qui maintient une pression constante.

Quand un corps féminin prend de la place, qu’il est rond, fort, assumé, il devient dérangeant. Il échappe au contrôle. Et c’est précisément ce que le “fascist body” ne tolère pas. Il ne supporte pas ce qui déborde, ce qui existe pleinement sans chercher à se réduire.

L’intériorisation, le piège le plus puissant

L’un des aspects les plus troublants, c’est cette manière dont on finit par intégrer ces normes. Je peux me dire engagée, féministe, consciente des enjeux, et malgré tout ressentir de la culpabilité en mangeant, ou du rejet face à mon propre reflet. C’est là que je comprends que le “fascist body” ne se contente pas d’exister dans la société. Il s’installe en moi.

Je deviens alors ma propre surveillante. Je m’impose des règles, des limites, des jugements. Et sans m’en rendre compte, je perpétue un système que je critique pourtant.

Une industrie qui entretient le malaise

Il faut aussi parler de tout ce qui gravite autour de cette norme. L’industrie de la minceur, du fitness, du bien-être normatif, repose sur une promesse constante d’amélioration. On nous vend l’idée que l’on peut toujours faire mieux, être mieux, devenir une version plus acceptable de soi-même.

Mais cette quête n’a pas de fin. Plus je m’en approche, plus les exigences changent. Et pendant ce temps, je consomme, j’investis du temps, de l’énergie, de l’argent. Mon corps devient un chantier permanent.

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Une manière de détourner l’attention

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est de voir comment cette obsession du corps peut aussi servir à détourner l’attention. Quand je suis occupée à surveiller mon alimentation, à compter, à corriger, je ne questionne pas forcément les structures autour de moi. Je suis prise dans une logique individuelle, alors que le problème est collectif.

C’est là que le concept de “fascist body” prend toute sa dimension politique. Il ne s’agit pas seulement de corps, mais de pouvoir. Qui décide de la norme, et dans quel but ?

Résister, un choix qui dépasse l’individuel

Refuser cette logique, ce n’est pas simplement apprendre à s’aimer. C’est refuser une hiérarchie imposée. C’est sortir d’un système qui réduit les individus à leur apparence et qui valorise le contrôle au détriment de la liberté.

Je ne dis pas que c’est simple. Résister à ces injonctions demande du temps, de la lucidité, et parfois même du courage. Mais chaque fois que je choisis de ne pas me juger, de ne pas me restreindre par peur d’être vue, je fais un pas de côté.

Repenser notre rapport au corps

Le “fascist body” nous pousse à voir notre corps comme un problème à résoudre. Moi, je choisis de le voir comme une histoire, un vécu, une présence. Un corps n’a pas besoin d’être réduit pour être légitime. Il a besoin d’exister.

Et peut-être que la vraie rupture commence là. Dans cette idée simple mais puissante : mon corps n’est pas un projet politique à corriger. Il est déjà suffisant.

Image par IA

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