Lorsqu’il s’agit d’accoucher, chaque parcours est unique. Il n’existe pas une seule manière « correcte » de donner la vie, malgré les images idéalisées que l’on voit partout. Pour ma part, mon accouchement s’est fait par césarienne sous anesthésie générale. Un choix assumé, réfléchi, et surtout nécessaire. Pourtant, j’ai rapidement compris qu’aux yeux de certaines personnes, ce type de naissance n’était pas considéré comme un « vrai » accouchement. Comme si la valeur d’une mère se mesurait à l’intensité de la douleur ressentie.
Aujourd’hui, j’ai envie de remettre un peu de bon sens dans cette vision étriquée de la maternité. Parce qu’un enfant qui naît reste un enfant qui naît, peu importe la porte par laquelle il arrive.
Une grossesse sous surveillance et un déclenchement difficile
Ma grossesse a été marquée par un diabète gestationnel. Rien d’exceptionnel, mais une situation qui demande une surveillance particulière. Très vite, les médecins m’ont prévenue que mon bébé était plus gros que la moyenne. Cela augmentait les probabilités d’un accouchement par césarienne.
On a tout de même tenté un déclenchement médicalisé. Pendant deux jours, j’ai pris huit médicaments par jour pour essayer de lancer le travail. Deux jours d’attente, d’espoir, de fatigue, de questionnements. Deux jours à surveiller chaque sensation, chaque signe, en espérant que mon corps coopère.
Mais mon col ne s’ouvrait pas. Rien ne bougeait. Malgré tous les traitements, malgré toute la bonne volonté du monde, la nature avait décidé autrement. Le verdict est tombé : il fallait passer par une césarienne.
Et contrairement à ce que certains imaginent, une césarienne n’a rien d’une solution de facilité. C’est une intervention chirurgicale lourde, avec une récupération plus longue et un corps qui doit cicatriser tout en s’occupant d’un nouveau-né.

Une décision guidée par l’anxiété et l’expérience du passé
Je suis quelqu’un de très anxieux. Le genre de personne qui anticipe tout, qui réfléchit beaucoup, parfois trop. Pour mon premier accouchement, je voulais mettre toutes les chances de mon côté pour vivre une expérience la plus sereine possible.
J’avais déjà connu le bloc opératoire auparavant. Et à chaque fois, le stress prenait le dessus. Palpitations, tension qui monte, sensation de malaise. Mon corps réagit très fort à l’angoisse. Ce n’est pas un caprice, ni une peur irrationnelle. C’est une réaction physique réelle, que j’ai déjà vécue.
Je savais donc que me retrouver éveillée sur une table d’opération, entourée de lumières blanches, de machines et de gestes médicaux, pouvait me provoquer un malaise important. Et dans ce contexte, ce n’était pas seulement moi qui étais en jeu. Il y avait mon bébé.
Un malaise cardiaque, une tension trop élevée, un stress incontrôlable… tout cela aurait pu compliquer l’intervention. Je ne voulais pas prendre ce risque. Ni pour moi, ni pour lui.
Pourquoi j’ai choisi l’anesthésie générale ?
Avant de faire mon choix, j’ai parlé avec plusieurs amies qui avaient accouché par césarienne sous rachianesthésie ou péridurale. Certaines m’ont raconté leur expérience avec honnêteté. Elles ne souffraient pas, mais elles sentaient les mouvements. La pression. Les gestes du chirurgien dans leur ventre.
Pour certaines, cela s’était bien passé. Pour moi, c’était impensable. Rien que d’imaginer la scène, je sentais l’angoisse monter. Je savais que je n’aurais pas pu gérer cette situation sans paniquer.
J’ai donc demandé une anesthésie générale. Un choix que j’ai fait en connaissance de cause. Un choix pour protéger ma santé mentale. Un choix pour éviter un traumatisme inutile. Un choix pour offrir à mon bébé une naissance dans les conditions les plus stables possibles.
Ce n’était pas une fuite. Ce n’était pas de la lâcheté. C’était de la responsabilité.

Dormir pour donner la vie : un accouchement comme un autre
Certaines personnes ont du mal à comprendre ce type d’accouchement. Elles imaginent qu’il manque quelque chose. Qu’il n’y a pas eu « le moment », « l’effort », « la poussée ». Comme si l’amour d’une mère passait par la douleur obligatoire.
Pourtant, pendant que je dormais, une équipe entière travaillait pour faire naître mon enfant. Mon corps était ouvert. Mon ventre incisé. Mon bébé extrait avec précaution. Mon utérus recousu. Ma peau refermée.
Ce n’est pas un soin esthétique. Ce n’est pas un acte banal. C’est une opération chirurgicale majeure. Une opération qui permet de donner la vie.
Quand je me suis réveillée, mon corps avait accouché. Même si je n’avais pas entendu son premier cri. Même si je n’avais pas vu l’instant précis où il a quitté mon ventre. Mon accouchement avait bien eu lieu.
Et la cicatrice sur mon corps est là pour me le rappeler. Une ligne discrète, mais chargée de sens. Une trace de courage, pas un symbole d’échec.
Sortir du mythe de l’accouchement « parfait »
On nous vend souvent une image très romantique de la naissance. Une femme qui respire calmement. Un accouchement naturel, sans péridurale, dans une lumière douce. Le bébé posé sur le ventre de sa mère, dans une musique apaisante.
C’est beau. Mais ce n’est pas la réalité de toutes les femmes. Et ce n’est pas grave.
Certaines accouchent après des heures de travail. D’autres en urgence. Certaines avec une péridurale, d’autres sans. Certaines par voie basse, d’autres par césarienne. Certaines éveillées, d’autres endormies.
Aucune de ces expériences n’est supérieure à une autre. Ce ne sont pas des médailles. Ce ne sont pas des concours de bravoure.
Un accouchement réussi, c’est un parent et un enfant en sécurité. Le reste n’est qu’une mise en scène sociale.

Redonner sa place à toutes les mères
Il est temps d’arrêter de hiérarchiser les naissances. Une mère qui accouche par césarienne n’est pas une mère « assistée ». Une mère sous anesthésie générale n’est pas une mère « absente » de son accouchement.
Nous avons toutes traversé une transformation physique et émotionnelle immense. Nous avons porté un enfant. Nous avons pris des décisions parfois difficiles. Nous avons fait confiance aux médecins. Nous avons accepté des cicatrices, visibles ou invisibles.
Cela mérite du respect. Pas des jugements.
Chaque naissance est une histoire. Et chaque histoire mérite d’être racontée avec dignité.
Une naissance, une histoire, une victoire
Aujourd’hui, je regarde mon accouchement avec sérénité. Ce n’était pas celui que j’avais imaginé au début de ma grossesse. Mais c’était celui dont j’avais besoin. Celui qui correspondait à mon corps, à mon esprit, à mon histoire.
J’ai accouché. Pas moins qu’une autre. Pas différemment dans l’amour que je porte à mon enfant. Simplement autrement.
Et si mon témoignage peut aider une femme anxieuse, une future maman qui se sent jugée, ou une mère qui pense ne pas avoir « bien fait », alors il aura servi à quelque chose.
Accoucher par césarienne sous anesthésie générale n’est pas un demi-accouchement. Ce n’est pas un accouchement de seconde catégorie.
C’est un accouchement. Point final.
Images par IA









